En Chine, le pouvoir affiche sa sollicitude à l'égard des migrants
LE MONDE | 05.03.08 | 14h09 • Mis à jour le 05.03.08 | 14h09
PÉKIN CORRESPONDANT
Ils sont 200 millions en Chine et représentent une grande partie de la force de travail qui ne cesse de faire pousser les gratte-ciel et élargir les villes de l'empire : les travailleurs migrants, paysans chassés des campagnes par une pauvreté endémique, classe sociale souvent misérable, sous-payée et parfois dépourvue des droits dont jouissent les autres citoyens, viennent de faire leur entrée à l'Assemblée nationale populaire (ANP).
Aux côtés des 3 000 délégués, trois de ces "mingong" (min pour nongmin, paysan et gong pour gongren, ouvrier) se sont assis, mercredi 5 mars, à l'ouverture de la session annuelle du "Parlement", sur les bancs de l'immense salle du Grand Palais du peuple de Pékin.
Leur désignation est une tentative du pouvoir de montrer qu'il se soucie, selon les mots d'ordre en vigueur d'"améliorer les conditions de travail" de ces migrants de l'intérieur. A l'heure où le rythme effréné de la croissance creuse les inégalités sociales, le régime est conscient des effets potentiellement déstabilisateurs de cette poudrière sociale.
Deux des trois mingong sont des femmes. L'une d'elles, Hu Xiaoyan, a 34 ans et est originaire de la province du Sichuan (Sud-Ouest). Il y a dix ans, elle a émigré à Foshan, ville du Guangdong, la province emblématique de la croissance chinoise depuis un quart de siècle. Employée d'une usine de poterie, elle a gravi tous les échelons et s'est intégrée dans le système pour être finalement "élue" par le congrès local du parti de sa province, première députée mingong à l'échelon national.
LA CRISE DE L'ÉDUCATION
Sur son ordinateur portable, Mme Hu a recueilli les doléances. Une de ses priorités, a-t-elle déclaré à la presse, sera d'attirer l'attention sur le délicat problème de "l'éducation des enfants" des travailleurs migrants. Ces derniers, souvent illégaux en ville, doivent en effet assurer l'éducation de leurs rejetons dans des écoles officieuses ou tout bonnement les laisser au pays.
La seconde mingong s'appelle Zhu Xueqin. Agée de 31 ans, elle est originaire de la province du Jiangsu (Est). Elle a dû abandonner ses études pour des raisons financières et a émigré à Shanghaï où elle est devenue couturière à la chaîne. Privilégiée, elle a réussi à obtenir une bourse qui lui a permis d'aller se perfectionner au Japon. Elle est devenue vice-présidente du syndicat de son parti et son appartenance à la Ligue de la jeunesse communiste, dont est issu le président de la République et chef du parti Hu Jintao, n'est sans doute pas pour rien dans son ascension jusqu'au sommet. Elle dit vouloir oeuvrer pour élargir au niveau national la couverture sociale de ces travailleurs migrants que leurs employeurs "oublient" parfois de payer durant des mois...
Le troisième a un itinéraire des plus classiques. Originaire de la province du Guizhou (Sud), foyer de minorités ethniques pauvres, Kang Houming a nomadisé longtemps, du Tibet au Sichuan, avant de passer des années à Chongqing (Sud-Ouest), où il a vécu sur un chantier de construction. Son souci est aujourd'hui de voir se développer une politique de logement pour mingong : "Je gagne 2 000 yuans par mois (200 euros) et les prix de l'immobilier sont au-dessus de mes moyens", a-t-il déclaré. En vingt-huit ans de labeur, M. Kang a économisé environ 3 000 euros.
L'entrée au Parlement des trois mingong symbolise le fait, souligne la presse, que les droits des travailleurs migrants "sont les mêmes que les autres citoyens, d'autant qu'ils ont énormément contribué à la croissance économique de la Chine".
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 06.03.08.
Wen Jiabao annonce une protection sociale accrue
Sous la pression des défis sociaux, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a promis, mercredi 5 mars, lors de l'ouverture à Pékin de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP), la mise en place d'un gouvernement plus efficace pour une société plus juste. Après s'être félicité du fait que la Chine était passée de la sixième à la quatrième place dans l'économie mondiale de 2002 à 2007, le premier ministre a reconnu les immenses défis sociaux et environnementaux que la Chine doit relever. "Nous sommes parfaitement conscients qu'il existe encore beaucoup de problèmes à résoudre dans le développement économique et social", a-t-il affirmé, appelant à "résoudre les problèmes patents liés aux intérêts vitaux de la population". Il a ainsi promis une enveloppe de 276,2 milliards de yuans (25,5 milliards d'euros, + 20 % par rapport à 2007) "pour accélérer la mise en place d'un système de protection sociale". Pour 2008, la priorité sera la lutte contre l'inflation, qui rogne le pouvoir d'achat des moins favorisés, et le renforcement des contrôles pour éviter la surchauffe économique. - (AFP.)
2008年3月7日金曜日
2008年2月3日日曜日
En Chine, multiplication des divorces arrangés entre adultes consentants
En Chine, multiplication des divorces arrangés entre adultes consentants
LE MONDE | 01.02.08 | 18h02 • Mis à jour le 01.02.08 | 18h02
AFP/ALAIN JOCARD
Le coût prohibitif des mariages dissuadent de nombreux Chinois.
Les Chinois divorcent presque cinq fois plus aujourd'hui qu'il y a trente ans. Selon le ministère des affaires civiles, ils étaient, en 1980, 341 000 à avoir rompu les liens du mariage, ils ont été 1,4 million à faire de même en 2007. Soit une augmentation de 18,2 % par rapport à l'année précédente.
Les sociologues expliquent ce phénomène par le fait que de moins en moins de femmes acceptent, en milieu urbain, d'être trompées par leurs maris. De même, les couples sont moins enclins aux compromis qu'autrefois en dépit du caractère conservateur d'une société stigmatisant encore les divorcés.
Par ailleurs, sur le plan administratif, il est désormais très facile et très rapide de divorcer en Chine. Depuis 2003, les formalités peuvent être accomplies en une journée pour la somme de 10 yuans (1 euro). Terminé le temps où, durant la période maoïste, il fallait demander la permission aux responsables de l'unité de travail ou au comité du parti pour quitter son conjoint.
TARIFS PRÉFÉRENTIELS
Enfin, certaines réglementations en vigueur dans des entreprises ou des municipalités ont incité plus de couples à divorcer, pour des raisons essentiellement pratiques. A Shijiazhuang, chef-lieu de la province de Hebei qui entoure Pékin, on a ainsi assisté ces derniers temps à une ruée sur le bureau du divorce à la mairie.
La filiale locale de la compagnie nationale Petrochina venait de promettre que les célibataires ou les divorcés contraints de prendre une retraite anticipée dans le cadre d'une restructuration de l'entreprise pourraient postuler à nouveau pour un travail. L'entreprise s'exonérait ainsi des charges accordées traditionnellement, dans le secteur d'Etat, aux couples mariés en matière d'éducation et de logement.
Résultat, en treize jours, vingt couples travaillant dans l'entreprise ont divorcé. Un article de l'agence de presse Chine nouvelle ironise : "Maintenant, quand les gens du quartier se croisent dans la rue, ils se disent : "quand divorcez-vous ?"" L'hebdomadaire Nanfangzhuomo fait état de cas similaires dans un district de la municipalité de Chongqing (Sud-Ouest). Près de 2 000 couples y ont divorcé après l'annonce d'une nouvelle réglementation proposant un logement à des prix préférentiels pour chaque paysan célibataire et divorcé exproprié de ses terres dans le cadre de l'extension des zones urbaines.
Les couples ne pouvant prétendre qu'à un logement pour deux, l'astuce est donc de se remarier pour bénéficier d'une pièce de plus... D'autres, ayant réalisé que l'on est en droit d'acheter une pièce supplémentaire aux mêmes tarifs si l'on se marie avec un citadin, se sont remariés après avoir divorcé !
Le cas extrême est celui de Wei Shufang, 60 ans, chef de l'association des femmes du village, qui après avoir divorcé de son vieux mari a aussitôt convolé en justes noces avec un étudiant de 20 ans originaire de la ville... Certains ont dû vendre la mèche aux autorités qui viennent de supprimer cette politique de prix préférentiels.
Enfin, le coût prohibitif des mariages dissuadent de nombreux Chinois. La classe moyenne, notamment à Pékin, doit dépenser, en moyenne, 6 000 euros pour se marier dans la capitale, où le revenu moyen annuel plafonne autour des 2 200 euros.
Bruno Philip (Pékin, correspondant)
Article paru dans l'édition du 02.02.08.
LE MONDE | 01.02.08 | 18h02 • Mis à jour le 01.02.08 | 18h02
AFP/ALAIN JOCARDLe coût prohibitif des mariages dissuadent de nombreux Chinois.
Les Chinois divorcent presque cinq fois plus aujourd'hui qu'il y a trente ans. Selon le ministère des affaires civiles, ils étaient, en 1980, 341 000 à avoir rompu les liens du mariage, ils ont été 1,4 million à faire de même en 2007. Soit une augmentation de 18,2 % par rapport à l'année précédente.
Les sociologues expliquent ce phénomène par le fait que de moins en moins de femmes acceptent, en milieu urbain, d'être trompées par leurs maris. De même, les couples sont moins enclins aux compromis qu'autrefois en dépit du caractère conservateur d'une société stigmatisant encore les divorcés.
Par ailleurs, sur le plan administratif, il est désormais très facile et très rapide de divorcer en Chine. Depuis 2003, les formalités peuvent être accomplies en une journée pour la somme de 10 yuans (1 euro). Terminé le temps où, durant la période maoïste, il fallait demander la permission aux responsables de l'unité de travail ou au comité du parti pour quitter son conjoint.
TARIFS PRÉFÉRENTIELS
Enfin, certaines réglementations en vigueur dans des entreprises ou des municipalités ont incité plus de couples à divorcer, pour des raisons essentiellement pratiques. A Shijiazhuang, chef-lieu de la province de Hebei qui entoure Pékin, on a ainsi assisté ces derniers temps à une ruée sur le bureau du divorce à la mairie.
La filiale locale de la compagnie nationale Petrochina venait de promettre que les célibataires ou les divorcés contraints de prendre une retraite anticipée dans le cadre d'une restructuration de l'entreprise pourraient postuler à nouveau pour un travail. L'entreprise s'exonérait ainsi des charges accordées traditionnellement, dans le secteur d'Etat, aux couples mariés en matière d'éducation et de logement.
Résultat, en treize jours, vingt couples travaillant dans l'entreprise ont divorcé. Un article de l'agence de presse Chine nouvelle ironise : "Maintenant, quand les gens du quartier se croisent dans la rue, ils se disent : "quand divorcez-vous ?"" L'hebdomadaire Nanfangzhuomo fait état de cas similaires dans un district de la municipalité de Chongqing (Sud-Ouest). Près de 2 000 couples y ont divorcé après l'annonce d'une nouvelle réglementation proposant un logement à des prix préférentiels pour chaque paysan célibataire et divorcé exproprié de ses terres dans le cadre de l'extension des zones urbaines.
Les couples ne pouvant prétendre qu'à un logement pour deux, l'astuce est donc de se remarier pour bénéficier d'une pièce de plus... D'autres, ayant réalisé que l'on est en droit d'acheter une pièce supplémentaire aux mêmes tarifs si l'on se marie avec un citadin, se sont remariés après avoir divorcé !
Le cas extrême est celui de Wei Shufang, 60 ans, chef de l'association des femmes du village, qui après avoir divorcé de son vieux mari a aussitôt convolé en justes noces avec un étudiant de 20 ans originaire de la ville... Certains ont dû vendre la mèche aux autorités qui viennent de supprimer cette politique de prix préférentiels.
Enfin, le coût prohibitif des mariages dissuadent de nombreux Chinois. La classe moyenne, notamment à Pékin, doit dépenser, en moyenne, 6 000 euros pour se marier dans la capitale, où le revenu moyen annuel plafonne autour des 2 200 euros.
Bruno Philip (Pékin, correspondant)
Article paru dans l'édition du 02.02.08.
2008年1月12日土曜日
En Chine, une crise de l'eau tous azimuts
En Chine, une crise de l'eau tous azimuts
LE MONDE | 11.01.08 | 14h06 • Mis à jour le 11.01.08 | 14h06
SHANGHAÏ CORRESPONDANT
Le lac Poyang, dans la province méridionale du Jiangxi, est le plus grand lac d'eau douce de Chine. Sa surface passe de 3 500 km2 en été, quand les pluies sont les plus abondantes, à environ 500 en hiver. Ces derniers mois, le Poyang, profond de 8 mètres en moyenne, a rétréci à moins de 50 km2, selon plusieurs sources, découvrant une peau craquelée qui rappelle la mer d'Aral dans son pire état.
La sécheresse, qui sévit cet hiver aussi bien dans le nord de la Chine que dans le sud, traditionnellement humide, a exacerbé les déséquilibres du bilan hydrographique chinois : ce qui arrive au Poyang touche à un degré supérieur ou moindre la plupart des dizaines de lacs chinois.
En Chine, la maîtrise des ressources en eau a toujours tenu à la fois de la nécessité économique et de l'atavisme impérial : il y a quatre mille ans, le premier monarque chinois, Yu le Grand, entra dans la légende pour avoir inventé l'irrigation. Dans la Chine féodale, le Grand Canal fut un ouvrage majeur, avant que Mao Zedong ne lance les premiers grands projets de barrages au début de l'ère communiste.
Au XXIe siècle, la profession de foi des nouveaux timoniers en faveur du développement durable ne constitue qu'un maigre contrepoids face aux exigences de l'hypercroissance économique (+ 11,5 % en 2007). Ils sont souvent réduits à gérer en catastrophe les syncopes à répétition d'un organisme surmené, tandis que le manque traditionnel d'eau est aggravé par une surexploitation et une pollution aux dimensions énormes.
PÉNURIES AGGRAVÉES
Avec 7 % seulement des réserves en eau de la planète pour le quart de sa population, la Chine n'arrive pas à faire face : 400 des 600 villes chinoises manquent structurellement d'eau, et 30 millions de ruraux subissent chaque année des pénuries. Un rapport du gouvernement vient de prévenir que "le volume total des ressources en eau exploitable aura été atteint en 2030, même en prenant en compte tous les efforts d'économie de l'eau". Nombre de rivières sont bien plus asséchées qu'elles ne l'étaient il y a des dizaines d'années. C'est le cas du fleuve Jaune et des rivières Hai et Huai, même s'ils connaissent des crues durant la saison des pluies.
Parce qu'elle ne cesse de grossir et parce qu'elle accueille, cet été, les Jeux olympiques, la région de Pékin (17 millions de personnes en incluant les non-résidents) est l'objet de toutes les attentions. Déjà, certaines localités en amont des canaux et des rivières qui alimentent la capitale sont rationnées. Imaginé par Mao et approuvé en 2002, le gigantesque projet de diversion des eaux du sud au nord est en construction dans sa partie Centre et Est. La route centrale transportera de l'eau du réservoir de Danjiangkou, dans le Hubei (sur la rivière Han, affluent du Yangzi), jusqu'à la capitale. Des centaines de lacs ont déjà disparu dans le Hubei, connu comme la province des mille lacs. Mais seule une portion sera prête pour les JO, celle qui acheminera l'eau depuis Shijuazhang, dans le Hebei, à Pékin, tout proche. La province du Hebei manque elle aussi cruellement d'eau.
La route de l'Est, en chantier, doit transporter de l'eau du Shandong vers Pékin et Tianjin, le long de l'ancien Grand Canal. Elle devait être achevée en 2007, mais ne le sera pas avant 2010. En outre, l'eau serait trop polluée et il faudra prévoir de la traiter. Quant à la route de l'Ouest, censée relier le fleuve Bleu au fleuve Jaune sur les plateaux du Qinghai, les défis techniques sont inédits et rien ne commencera avant 2010.
SUREXPLOITATION DU FLEUVE BLEU
Dans ce contexte de crise hydrographique aiguë, la surexploitation du Yangzi, le plus généreux fleuve de Chine et le troisième du monde, est de plus en plus flagrante. En 2007, le dauphin d'eau douce y fut officiellement déclaré espèce éteinte. On détourne le fleuve Bleu pour irriguer les régions sèches de Chine du Nord et on compte aussi sur lui pour drainer 30,5 milliards de tonnes de déchets humains et industriels par an ou pour laver la pollution d'un lac en syncope, le Taihu.
C'est encore le Yangzi qui supporte le barrage des Trois-Gorges (Sanxia Daba), dont les dimensions titanesques (2,3 km de long et 185 m de haut) incarnent le génie chinois en matière hydraulique - à moins que ce ne soit sa folie. Les ingénieurs canadiens chargés, dans les années 1980, d'étudier le projet avaient refusé de se prononcer sur la faisabilité du barrage au-delà de 160 m (l'eau atteint 156 m aujourd'hui et montera à 175 m en septembre).
L'ouvrage, dont le premier des paradoxes est qu'il sert à rééquilibrer le bilan énergétique chinois en faveur du renouvelable, a des effets pervers sur l'environnement surexploité du fleuve. Dont celui de former une gigantesque cuvette d'eaux viciées. S'il permettra un meilleur contrôle des crues dévastatrices, il serait en partie responsable de la prolifération d'algues bleu-vert dans les lacs Taihu et Chaohu.
Les "dangers cachés" de la réalisation ont été pour la première fois évoqués officiellement à l'automne 2007 (par Wang Xiaofeng, le responsable des Trois-Gorges auprès du Conseil d'Etat), puis minimisés : les pressions intenses exercées par cette énorme masse d'eau (39 milliards de mètres cubes à plein) sur les parois instables des vallées englouties contribueraient à une recrudescence des glissements de terrain.
Epine dorsale hydrographique de la Chine, le Yangzi et ses affluents devront supporter une centaine de centrales hydroélectriques en amont de Sanxia Daba, dont celle de Xiluodu, sur la rivière Jinsha dans le Sichuan, qui sera le deuxième plus grand barrage de Chine en 2015.
POLLUTION DES EAUX À UN SEUIL CRITIQUE
Parce qu'il ne se passe pas un mois sans que des dizaines de milliers de résidents soient affectés par des minicatastrophes écologiques qui conduisent à des coupures d'eau courante, la population chinoise est désormais très sensibilisée à la question de la pollution des eaux et à son impact sur sa santé.
En mai 2007, l'implosion de l'écosystème du lac Taihu, saturé par un trop-plein de nutrition dû à la pollution, priva d'eau courante plus de 2 millions de personnes pendant plusieurs semaines. L'agence Chine nouvelle plaça le désastre au deuxième rang des dix événements les plus marquants de l'année 2007 - derrière le 17e congrès du Parti communiste. Le scientifique Zhang Xiaojian, chargé de procéder aux réactions chimiques qui ont aidé à se débarrasser des algues bactériennes, fut l'un des dix lauréats 2007 du prix du Chinois vert, décerné depuis trois ans par les ministères concernés.
On aurait pu distinguer Wu Lihong, le militant écologique qui, depuis dix ans, fait la guerre aux usines chimiques de Yixing, la vaste zone industrielle sauvage en bordure du lac. Le pouvoir local, furieux, l'a jeté en prison pour quatre ans, en mars 2007.
A l'heure de la "civilisation écologique" défendue par le président Hu Jintao, toute la difficulté réside dans la prévention, mais aussi dans l'application des mesures et lois censées protéger ses fleuves et rivières. Auteur d'une carte de la pollution de l'eau qui fait référence, Ma Jun, le directeur de l'ONG pékinoise Institute of Public & Environmental Affairs, estime que "la pollution de l'eau est l'un des problèmes les plus graves auxquels la Chine est confrontée".
Les deltas de la rivière des Perles (région de Canton) et du Yangzi (région de Shanghaï), à eux deux responsables des deux tiers du PIB chinois, paient un tribut écologique très lourd, et largement sous-estimé, à un développement industriel intense. Dans ces campagnes et ces villes autrefois sillonnées de canaux, des dizaines de "villages du cancer" défraient régulièrement la chronique.
Le sud de la Chine en vient de plus en plus à manquer d'eau en raison de la pollution : l'Institut de géographie de Canton s'alarmait récemment des problèmes de gestion des eaux usées et estimait que si rien n'est fait d'ici à 2020, la pénurie affectera la moitié de la demande en eau du Guangdong, contre 14 % aujourd'hui.
Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 12.01.08.
LE MONDE | 11.01.08 | 14h06 • Mis à jour le 11.01.08 | 14h06
SHANGHAÏ CORRESPONDANT
Le lac Poyang, dans la province méridionale du Jiangxi, est le plus grand lac d'eau douce de Chine. Sa surface passe de 3 500 km2 en été, quand les pluies sont les plus abondantes, à environ 500 en hiver. Ces derniers mois, le Poyang, profond de 8 mètres en moyenne, a rétréci à moins de 50 km2, selon plusieurs sources, découvrant une peau craquelée qui rappelle la mer d'Aral dans son pire état.
La sécheresse, qui sévit cet hiver aussi bien dans le nord de la Chine que dans le sud, traditionnellement humide, a exacerbé les déséquilibres du bilan hydrographique chinois : ce qui arrive au Poyang touche à un degré supérieur ou moindre la plupart des dizaines de lacs chinois.
En Chine, la maîtrise des ressources en eau a toujours tenu à la fois de la nécessité économique et de l'atavisme impérial : il y a quatre mille ans, le premier monarque chinois, Yu le Grand, entra dans la légende pour avoir inventé l'irrigation. Dans la Chine féodale, le Grand Canal fut un ouvrage majeur, avant que Mao Zedong ne lance les premiers grands projets de barrages au début de l'ère communiste.
Au XXIe siècle, la profession de foi des nouveaux timoniers en faveur du développement durable ne constitue qu'un maigre contrepoids face aux exigences de l'hypercroissance économique (+ 11,5 % en 2007). Ils sont souvent réduits à gérer en catastrophe les syncopes à répétition d'un organisme surmené, tandis que le manque traditionnel d'eau est aggravé par une surexploitation et une pollution aux dimensions énormes.
PÉNURIES AGGRAVÉES
Avec 7 % seulement des réserves en eau de la planète pour le quart de sa population, la Chine n'arrive pas à faire face : 400 des 600 villes chinoises manquent structurellement d'eau, et 30 millions de ruraux subissent chaque année des pénuries. Un rapport du gouvernement vient de prévenir que "le volume total des ressources en eau exploitable aura été atteint en 2030, même en prenant en compte tous les efforts d'économie de l'eau". Nombre de rivières sont bien plus asséchées qu'elles ne l'étaient il y a des dizaines d'années. C'est le cas du fleuve Jaune et des rivières Hai et Huai, même s'ils connaissent des crues durant la saison des pluies.
Parce qu'elle ne cesse de grossir et parce qu'elle accueille, cet été, les Jeux olympiques, la région de Pékin (17 millions de personnes en incluant les non-résidents) est l'objet de toutes les attentions. Déjà, certaines localités en amont des canaux et des rivières qui alimentent la capitale sont rationnées. Imaginé par Mao et approuvé en 2002, le gigantesque projet de diversion des eaux du sud au nord est en construction dans sa partie Centre et Est. La route centrale transportera de l'eau du réservoir de Danjiangkou, dans le Hubei (sur la rivière Han, affluent du Yangzi), jusqu'à la capitale. Des centaines de lacs ont déjà disparu dans le Hubei, connu comme la province des mille lacs. Mais seule une portion sera prête pour les JO, celle qui acheminera l'eau depuis Shijuazhang, dans le Hebei, à Pékin, tout proche. La province du Hebei manque elle aussi cruellement d'eau.
La route de l'Est, en chantier, doit transporter de l'eau du Shandong vers Pékin et Tianjin, le long de l'ancien Grand Canal. Elle devait être achevée en 2007, mais ne le sera pas avant 2010. En outre, l'eau serait trop polluée et il faudra prévoir de la traiter. Quant à la route de l'Ouest, censée relier le fleuve Bleu au fleuve Jaune sur les plateaux du Qinghai, les défis techniques sont inédits et rien ne commencera avant 2010.
SUREXPLOITATION DU FLEUVE BLEU
Dans ce contexte de crise hydrographique aiguë, la surexploitation du Yangzi, le plus généreux fleuve de Chine et le troisième du monde, est de plus en plus flagrante. En 2007, le dauphin d'eau douce y fut officiellement déclaré espèce éteinte. On détourne le fleuve Bleu pour irriguer les régions sèches de Chine du Nord et on compte aussi sur lui pour drainer 30,5 milliards de tonnes de déchets humains et industriels par an ou pour laver la pollution d'un lac en syncope, le Taihu.
C'est encore le Yangzi qui supporte le barrage des Trois-Gorges (Sanxia Daba), dont les dimensions titanesques (2,3 km de long et 185 m de haut) incarnent le génie chinois en matière hydraulique - à moins que ce ne soit sa folie. Les ingénieurs canadiens chargés, dans les années 1980, d'étudier le projet avaient refusé de se prononcer sur la faisabilité du barrage au-delà de 160 m (l'eau atteint 156 m aujourd'hui et montera à 175 m en septembre).
L'ouvrage, dont le premier des paradoxes est qu'il sert à rééquilibrer le bilan énergétique chinois en faveur du renouvelable, a des effets pervers sur l'environnement surexploité du fleuve. Dont celui de former une gigantesque cuvette d'eaux viciées. S'il permettra un meilleur contrôle des crues dévastatrices, il serait en partie responsable de la prolifération d'algues bleu-vert dans les lacs Taihu et Chaohu.
Les "dangers cachés" de la réalisation ont été pour la première fois évoqués officiellement à l'automne 2007 (par Wang Xiaofeng, le responsable des Trois-Gorges auprès du Conseil d'Etat), puis minimisés : les pressions intenses exercées par cette énorme masse d'eau (39 milliards de mètres cubes à plein) sur les parois instables des vallées englouties contribueraient à une recrudescence des glissements de terrain.
Epine dorsale hydrographique de la Chine, le Yangzi et ses affluents devront supporter une centaine de centrales hydroélectriques en amont de Sanxia Daba, dont celle de Xiluodu, sur la rivière Jinsha dans le Sichuan, qui sera le deuxième plus grand barrage de Chine en 2015.
POLLUTION DES EAUX À UN SEUIL CRITIQUE
Parce qu'il ne se passe pas un mois sans que des dizaines de milliers de résidents soient affectés par des minicatastrophes écologiques qui conduisent à des coupures d'eau courante, la population chinoise est désormais très sensibilisée à la question de la pollution des eaux et à son impact sur sa santé.
En mai 2007, l'implosion de l'écosystème du lac Taihu, saturé par un trop-plein de nutrition dû à la pollution, priva d'eau courante plus de 2 millions de personnes pendant plusieurs semaines. L'agence Chine nouvelle plaça le désastre au deuxième rang des dix événements les plus marquants de l'année 2007 - derrière le 17e congrès du Parti communiste. Le scientifique Zhang Xiaojian, chargé de procéder aux réactions chimiques qui ont aidé à se débarrasser des algues bactériennes, fut l'un des dix lauréats 2007 du prix du Chinois vert, décerné depuis trois ans par les ministères concernés.
On aurait pu distinguer Wu Lihong, le militant écologique qui, depuis dix ans, fait la guerre aux usines chimiques de Yixing, la vaste zone industrielle sauvage en bordure du lac. Le pouvoir local, furieux, l'a jeté en prison pour quatre ans, en mars 2007.
A l'heure de la "civilisation écologique" défendue par le président Hu Jintao, toute la difficulté réside dans la prévention, mais aussi dans l'application des mesures et lois censées protéger ses fleuves et rivières. Auteur d'une carte de la pollution de l'eau qui fait référence, Ma Jun, le directeur de l'ONG pékinoise Institute of Public & Environmental Affairs, estime que "la pollution de l'eau est l'un des problèmes les plus graves auxquels la Chine est confrontée".
Les deltas de la rivière des Perles (région de Canton) et du Yangzi (région de Shanghaï), à eux deux responsables des deux tiers du PIB chinois, paient un tribut écologique très lourd, et largement sous-estimé, à un développement industriel intense. Dans ces campagnes et ces villes autrefois sillonnées de canaux, des dizaines de "villages du cancer" défraient régulièrement la chronique.
Le sud de la Chine en vient de plus en plus à manquer d'eau en raison de la pollution : l'Institut de géographie de Canton s'alarmait récemment des problèmes de gestion des eaux usées et estimait que si rien n'est fait d'ici à 2020, la pénurie affectera la moitié de la demande en eau du Guangdong, contre 14 % aujourd'hui.
Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 12.01.08.
2007年9月14日金曜日
En Chine, la révolte de ses maîtresses envoie en prison le maire de Baoji , par Brice Pedroletti
En Chine, la révolte de ses maîtresses envoie en prison le maire de Baoji , par Brice Pedroletti
LE MONDE | 13.09.07 | 16h52 • Mis à jour le 13.09.07 | 16h52
(Shanghaï, correspondant)
Ville industrielle à l'urbanisme ingrat située à l'est de Xian, dans le Shanxi, Baoji a acquis une notoriété inattendue grâce aux frasques de son plus haut dirigeant, Pang Jiayu, 63 ans : l'affaire est de celles dont la presse chinoise et les blogs raffolent. Ses onze maîtresses ont eu raison de son règne en dénonçant, preuves à l'appui, les malversations de celui qui s'était attribué un droit de cuissage sur les épouses de ses subalternes.
Tout commence en 1994, quand Pang Jiayu devient maire de Baoji. Il a une dent contre l'un de ses collaborateurs, désigné sous le pseudonyme de Li Simin, qui a été autrefois son supérieur. Pour les fêtes du nouvel an chinois, Pang Jiayu propose à ses employés une escapade dans un site touristique des environs et leur enjoint d'inviter leurs femmes. Le soir, Li Simin est rappelé à Baoji pour régler un problème urgent. Pang Jiayu se rend dans la chambre de sa femme, Zeng Qian (autre pseudonyme), à qui il montre des photos de son mari au bras de prostituées. Il aurait alors glissé une drogue dans son thé. La belle se serait réveillée le lendemain, avec le maire, nu, à ses côtés.
A Baoji, Pang Jiayu acquiert rapidement le sobriquet de "maire-la-braguette", et les fonctionnaires en mal de promotion doivent envoyer leur femme "en bavarder" avec leur chef.
FAVEURS ET PRÉBENDES
En 1998, M. Pang est nommé secrétaire général du Parti de Baoji, et détient donc tous les pouvoirs. Il distribue de plus en plus largement faveurs et prébendes à son entourage, notamment à travers l'attribution de contrats municipaux. Li Simin est placé à la tête d'une société semi-publique d'investissement, secondé par deux autres fonctionnaires dont les femmes doivent également satisfaire l'appétit sexuel de Pang Jiayu. Un gros projet d'infrastructure, dans le domaine de l'eau, se révèle deux fois plus coûteux que prévu. L'ouvrage est mal fait.
Entre-temps, Pang Jiayu est encore monté en grade. Il est désormais vice-président de l'Assemblée consultative du peuple de la province du Shanxi. Mais la société d'investissement de Li Simin est criblée de dettes. Une enquête est diligentée. Pang Jiayu fait comprendre à ses protégés qu'ils doivent endosser toute la responsabilité de l'affaire, et qu'il intercédera en leur faveur pour réduire leurs peines. Mais Li Simin est condamné à mort et ses deux adjoints à de longues peines de prison.
Désespérée, Zeng Qian, l'épouse de Li Simin, rallie les onze maîtresses de Pang Jiayu pour faire éclater la vérité. L'ancien maire a rejoint une liste qui, en ces temps de zèle anticorruption (le XVIIe congrès du Parti communiste approche), ne cesse de s'allonger : celle des hauts fonctionnaires épinglés pour corruption grave. Selon la presse chinoise, 90 % d'entre eux sont aussi accusés d'entretenir des "ernai" (seconde femme), une tradition qui a la vie dure en Chine.
Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 14.09.07.
LE MONDE | 13.09.07 | 16h52 • Mis à jour le 13.09.07 | 16h52
(Shanghaï, correspondant)
Ville industrielle à l'urbanisme ingrat située à l'est de Xian, dans le Shanxi, Baoji a acquis une notoriété inattendue grâce aux frasques de son plus haut dirigeant, Pang Jiayu, 63 ans : l'affaire est de celles dont la presse chinoise et les blogs raffolent. Ses onze maîtresses ont eu raison de son règne en dénonçant, preuves à l'appui, les malversations de celui qui s'était attribué un droit de cuissage sur les épouses de ses subalternes.
Tout commence en 1994, quand Pang Jiayu devient maire de Baoji. Il a une dent contre l'un de ses collaborateurs, désigné sous le pseudonyme de Li Simin, qui a été autrefois son supérieur. Pour les fêtes du nouvel an chinois, Pang Jiayu propose à ses employés une escapade dans un site touristique des environs et leur enjoint d'inviter leurs femmes. Le soir, Li Simin est rappelé à Baoji pour régler un problème urgent. Pang Jiayu se rend dans la chambre de sa femme, Zeng Qian (autre pseudonyme), à qui il montre des photos de son mari au bras de prostituées. Il aurait alors glissé une drogue dans son thé. La belle se serait réveillée le lendemain, avec le maire, nu, à ses côtés.
A Baoji, Pang Jiayu acquiert rapidement le sobriquet de "maire-la-braguette", et les fonctionnaires en mal de promotion doivent envoyer leur femme "en bavarder" avec leur chef.
FAVEURS ET PRÉBENDES
En 1998, M. Pang est nommé secrétaire général du Parti de Baoji, et détient donc tous les pouvoirs. Il distribue de plus en plus largement faveurs et prébendes à son entourage, notamment à travers l'attribution de contrats municipaux. Li Simin est placé à la tête d'une société semi-publique d'investissement, secondé par deux autres fonctionnaires dont les femmes doivent également satisfaire l'appétit sexuel de Pang Jiayu. Un gros projet d'infrastructure, dans le domaine de l'eau, se révèle deux fois plus coûteux que prévu. L'ouvrage est mal fait.
Entre-temps, Pang Jiayu est encore monté en grade. Il est désormais vice-président de l'Assemblée consultative du peuple de la province du Shanxi. Mais la société d'investissement de Li Simin est criblée de dettes. Une enquête est diligentée. Pang Jiayu fait comprendre à ses protégés qu'ils doivent endosser toute la responsabilité de l'affaire, et qu'il intercédera en leur faveur pour réduire leurs peines. Mais Li Simin est condamné à mort et ses deux adjoints à de longues peines de prison.
Désespérée, Zeng Qian, l'épouse de Li Simin, rallie les onze maîtresses de Pang Jiayu pour faire éclater la vérité. L'ancien maire a rejoint une liste qui, en ces temps de zèle anticorruption (le XVIIe congrès du Parti communiste approche), ne cesse de s'allonger : celle des hauts fonctionnaires épinglés pour corruption grave. Selon la presse chinoise, 90 % d'entre eux sont aussi accusés d'entretenir des "ernai" (seconde femme), une tradition qui a la vie dure en Chine.
Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 14.09.07.
2007年8月31日金曜日
En Chine, Mme Merkel qualifie de "vital" le sujet des droits de l'homme
En Chine, Mme Merkel qualifie de "vital" le sujet des droits de l'homme
LE MONDE | 30.08.07 | 16h08 • Mis à jour le 30.08.07 | 16h08
SHANGHAÏ CORRESPONDANT
REUTERS/ALY SONG
La chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse à Nanjing en Chine, le 29 août 2007.
Droits de l'homme, environnement et propriété intellectuelle étaient au menu de la visite officielle qu'Angela Merkel a achevée, mercredi 29 août en Chine, son deuxième déplacement en deux ans. "J'ai spécialement insisté sur le fait qu'avec les prochains Jeux olympiques, le monde regarderait la Chine de près", a déclaré la chancelière allemande à la presse après son entretien lundi avec le président chinois, Hu Jintao.
Ce thème a été abordé lors de son discours devant l'Académie chinoise des sciences sociales, où la chancelière a déclaré que "la question des droits de l'homme est, de notre point de vue, vitale". Si l'exercice est un passage obligé de la diplomatie occidentale vis-à-vis de Pékin, Mme Merkel a souhaité rencontrer en marge de sa visite plusieurs intellectuels chinois tels Li Datong, l'ex-rédacteur en chef de Bing Dian, une publication au ton incisif reprise en main en 2006 par les autorités.
Parce qu'elle "a grandi en Allemagne de l'Est", Angela Merkel "est susceptible d'avoir une compréhension beaucoup plus directe de comment les choses fonctionnent dans un système autocratique... Bien plus que les autres dirigeants occidentaux", a ainsi estimé l'intellectuel, qui, contrairement aux principaux militants des droits de l'homme, n'est pas inquiété par la police et est laissé libre de s'exprimer - du moment que c'est dans la presse étrangère. C'est d'ailleurs à l'occasion de la visite de Mme Merkel, que, mardi, près d'un millier de militants des droits de l'homme, avocats et universitaires chinois ont choisi d'envoyer à l'agence Reuters une lettre ouverte au président Hu, l'enjoignant à libérer les prisonniers politiques, donner davantage de libertés aux médias, et à respecter les engagements pris par le Parti communiste chinois (PCC), de faire respecter les lois inscrites dans la Constitution.
Nombre de ces "avocats aux pieds nus", qui tentent de combattre les atteintes aux droits de l'homme sur le terrain juridique, sont en butte à un harcèlement policier illégal.
Autre dossier-clé évoqué par les dirigeants occidentaux en Chine : l'environnement. Désireuse de responsabiliser ses interlocuteurs chinois à quatre mois du sommet des ministres de l'environnement de Bali, destiné à étendre au-delà de 2012 le cadre du protocole de Kyoto, Mme Merkel s'est vue répondre par le premier ministre chinois, Wen Jiabao, que la tâche de réduire les émissions polluantes est en Chine plus difficile qu'en Allemagne, "car la Chine a une population bien plus grande et n'a pas encore atteint le niveau de développement des pays industrialisés". "La Chine n'a une responsabilité dans le changement climatique que depuis les trente dernières années, alors que les pays industrialisés ont eu une croissance très forte depuis deux cents ans", a-t-il ajouté, réitérant la position officielle d'une Chine devenue cette année le premier pays émetteur de gaz à effets de serre de la planète.
La presse officielle a rapporté que la chancelière allemande avait demandé à Pékin de faire davantage en matière d'environnement, mais n'a pas soufflé mot de ses critiques sur le dossier des droits de l'homme. Elle s'est, en revanche, félicitée du fait que Mme Merkel adhérait au principe d'"une seule Chine" et s'était engagée à ce que "l'Allemagne ne soit jamais une plate-forme pour les forces séparatistes pro-indépendance de Taïwan".
Après une visite à Nankin, Angela Merkel s'est envolée, mercredi 29 août, pour le Japon où elle a rencontré le premier ministre, Shinzo Abe.
Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 31.08.07.
Le ministre chinois des finances acculé à la démission
Le ministre chinois des finances, Jin Renqing, a été contraint à la démission pour des "raisons personnelles", a indiqué, jeudi 30 août, un porte-parole du gouvernement sous couvert d'anonymat. Selon le quotidien hongkongais Ming Pao, en général bien informé sur les arcanes du régime communiste, le départ de M. Jin pourrait avoir été précipité par sa mauvaise gestion des obligations de l'Etat ou des rumeurs persistantes sur la hausse d'un impôt sur les transactions (finalement triplé en mai) qui avait provoqué des turbulences boursières il y a quelques mois. En outre, le journal accorde une large place à un scandale sexuel dans lequel le ministre aurait été impliqué aux côtés de deux autres personnalités : l'ex-secrétaire du Parti communiste de la ville de Qingdao, Du Shicheng, et l'ex-président du conseil d'administration de la compagnie pétrolière Sinopec, premier raffineur d'Asie, Chen Tonghai. A l'approche du 17e congrès du PC, le 15 octobre, le gouvernement a renforcé ces derniers mois sa lutte contre la corruption et les malversations, qui sapent la légitimité du régime. - (AFP, AP.)
LE MONDE | 30.08.07 | 16h08 • Mis à jour le 30.08.07 | 16h08
SHANGHAÏ CORRESPONDANT
REUTERS/ALY SONGLa chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse à Nanjing en Chine, le 29 août 2007.
Droits de l'homme, environnement et propriété intellectuelle étaient au menu de la visite officielle qu'Angela Merkel a achevée, mercredi 29 août en Chine, son deuxième déplacement en deux ans. "J'ai spécialement insisté sur le fait qu'avec les prochains Jeux olympiques, le monde regarderait la Chine de près", a déclaré la chancelière allemande à la presse après son entretien lundi avec le président chinois, Hu Jintao.
Ce thème a été abordé lors de son discours devant l'Académie chinoise des sciences sociales, où la chancelière a déclaré que "la question des droits de l'homme est, de notre point de vue, vitale". Si l'exercice est un passage obligé de la diplomatie occidentale vis-à-vis de Pékin, Mme Merkel a souhaité rencontrer en marge de sa visite plusieurs intellectuels chinois tels Li Datong, l'ex-rédacteur en chef de Bing Dian, une publication au ton incisif reprise en main en 2006 par les autorités.
Parce qu'elle "a grandi en Allemagne de l'Est", Angela Merkel "est susceptible d'avoir une compréhension beaucoup plus directe de comment les choses fonctionnent dans un système autocratique... Bien plus que les autres dirigeants occidentaux", a ainsi estimé l'intellectuel, qui, contrairement aux principaux militants des droits de l'homme, n'est pas inquiété par la police et est laissé libre de s'exprimer - du moment que c'est dans la presse étrangère. C'est d'ailleurs à l'occasion de la visite de Mme Merkel, que, mardi, près d'un millier de militants des droits de l'homme, avocats et universitaires chinois ont choisi d'envoyer à l'agence Reuters une lettre ouverte au président Hu, l'enjoignant à libérer les prisonniers politiques, donner davantage de libertés aux médias, et à respecter les engagements pris par le Parti communiste chinois (PCC), de faire respecter les lois inscrites dans la Constitution.
Nombre de ces "avocats aux pieds nus", qui tentent de combattre les atteintes aux droits de l'homme sur le terrain juridique, sont en butte à un harcèlement policier illégal.
Autre dossier-clé évoqué par les dirigeants occidentaux en Chine : l'environnement. Désireuse de responsabiliser ses interlocuteurs chinois à quatre mois du sommet des ministres de l'environnement de Bali, destiné à étendre au-delà de 2012 le cadre du protocole de Kyoto, Mme Merkel s'est vue répondre par le premier ministre chinois, Wen Jiabao, que la tâche de réduire les émissions polluantes est en Chine plus difficile qu'en Allemagne, "car la Chine a une population bien plus grande et n'a pas encore atteint le niveau de développement des pays industrialisés". "La Chine n'a une responsabilité dans le changement climatique que depuis les trente dernières années, alors que les pays industrialisés ont eu une croissance très forte depuis deux cents ans", a-t-il ajouté, réitérant la position officielle d'une Chine devenue cette année le premier pays émetteur de gaz à effets de serre de la planète.
La presse officielle a rapporté que la chancelière allemande avait demandé à Pékin de faire davantage en matière d'environnement, mais n'a pas soufflé mot de ses critiques sur le dossier des droits de l'homme. Elle s'est, en revanche, félicitée du fait que Mme Merkel adhérait au principe d'"une seule Chine" et s'était engagée à ce que "l'Allemagne ne soit jamais une plate-forme pour les forces séparatistes pro-indépendance de Taïwan".
Après une visite à Nankin, Angela Merkel s'est envolée, mercredi 29 août, pour le Japon où elle a rencontré le premier ministre, Shinzo Abe.
Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 31.08.07.
Le ministre chinois des finances acculé à la démission
Le ministre chinois des finances, Jin Renqing, a été contraint à la démission pour des "raisons personnelles", a indiqué, jeudi 30 août, un porte-parole du gouvernement sous couvert d'anonymat. Selon le quotidien hongkongais Ming Pao, en général bien informé sur les arcanes du régime communiste, le départ de M. Jin pourrait avoir été précipité par sa mauvaise gestion des obligations de l'Etat ou des rumeurs persistantes sur la hausse d'un impôt sur les transactions (finalement triplé en mai) qui avait provoqué des turbulences boursières il y a quelques mois. En outre, le journal accorde une large place à un scandale sexuel dans lequel le ministre aurait été impliqué aux côtés de deux autres personnalités : l'ex-secrétaire du Parti communiste de la ville de Qingdao, Du Shicheng, et l'ex-président du conseil d'administration de la compagnie pétrolière Sinopec, premier raffineur d'Asie, Chen Tonghai. A l'approche du 17e congrès du PC, le 15 octobre, le gouvernement a renforcé ces derniers mois sa lutte contre la corruption et les malversations, qui sapent la légitimité du régime. - (AFP, AP.)
2007年6月11日月曜日
En Chine, trois journalistes licenciés pour avoir publié une publicité saluant les "courageuses mères" des victimes de Tiananmen
En Chine, trois journalistes licenciés pour avoir publié une publicité saluant les "courageuses mères" des victimes de Tiananmen
LE MONDE | 09.06.07 | 14h12 • Mis à jour le 09.06.07 | 14h12
(Pékin, correspondant)
C'était seulement une annonce payante dans un journal, mais son contenu était explosif : lundi 4 juin, le quotidien Chengdu wanbao (le soir de Chengdu, la capitale de la province du Sichuan, dans le Sud-Ouest chinois) a publié un encart publicitaire rendant hommage "aux courageuses mères" des victimes de la répression du "printemps de Pékin" de 1989.
L'annonce est parue le jour même du 18e anniversaire du massacre perpétré par l'armée, et saluait ainsi l'association de ces dames qui s'obstinent encore aujourd'hui à défendre la mémoire de leurs fils ou filles tués lors de la violente répression du mouvement démocratique de la place Tiananmen. Le couperet n'a pas tardé à tomber : le rédacteur en chef et deux de ses adjoints ont été limogés quelques jours plus tard, sans que l'on ait pu savoir si un responsable avait intentionnellement osé laisser passer cette rare provocation imprimée, ou si l'affaire a été le fruit d'une négligence de la part des responsables du secteur de la publicité.
Selon un quotidien de Hongkong, cité par Reporters sans frontières (RSF), la jeune employée qui avait donné son accord pour le passage de l'annonce ne savait même pas que les "événements" de Tiananmen avaient eu lieu... Une ignorance assez souvent partagée parmi la jeune génération qui n'a pas connu cette page de l'Histoire de Chine et semble souvent apolitisée à l'heure du foudroyant décollage économique. La jeune femme avait téléphoné à l'auteur de l'annonce qui lui avait affirmé avec aplomb qu'il s'agissait d'un encart rendant hommage aux mères des victimes d'un accident minier... La publicité était discrète : elle remplissait seulement une ligne du journal.
L'association des mères de Tiananmen continue encore aujourd'hui de demander au gouvernement chinois des excuses officielles et des compensations. La brutale répression du mouvement démocratique par l'armée du régime a fait, le 4 juin 1989, des centaines, voire des milliers de morts lors du déclenchement de l'assaut par l'armée autour de la célèbre place de la Porte de la paix céleste. La simple mention de ces "événements" est impossible en Chine où le sujet est le tabou politique le plus résistant à l'évolution du régime dirigé par les héritiers de Deng Xiaoping, l'ex-numéro un chinois.
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 10.06.07.
LE MONDE | 09.06.07 | 14h12 • Mis à jour le 09.06.07 | 14h12
(Pékin, correspondant)
C'était seulement une annonce payante dans un journal, mais son contenu était explosif : lundi 4 juin, le quotidien Chengdu wanbao (le soir de Chengdu, la capitale de la province du Sichuan, dans le Sud-Ouest chinois) a publié un encart publicitaire rendant hommage "aux courageuses mères" des victimes de la répression du "printemps de Pékin" de 1989.
L'annonce est parue le jour même du 18e anniversaire du massacre perpétré par l'armée, et saluait ainsi l'association de ces dames qui s'obstinent encore aujourd'hui à défendre la mémoire de leurs fils ou filles tués lors de la violente répression du mouvement démocratique de la place Tiananmen. Le couperet n'a pas tardé à tomber : le rédacteur en chef et deux de ses adjoints ont été limogés quelques jours plus tard, sans que l'on ait pu savoir si un responsable avait intentionnellement osé laisser passer cette rare provocation imprimée, ou si l'affaire a été le fruit d'une négligence de la part des responsables du secteur de la publicité.
Selon un quotidien de Hongkong, cité par Reporters sans frontières (RSF), la jeune employée qui avait donné son accord pour le passage de l'annonce ne savait même pas que les "événements" de Tiananmen avaient eu lieu... Une ignorance assez souvent partagée parmi la jeune génération qui n'a pas connu cette page de l'Histoire de Chine et semble souvent apolitisée à l'heure du foudroyant décollage économique. La jeune femme avait téléphoné à l'auteur de l'annonce qui lui avait affirmé avec aplomb qu'il s'agissait d'un encart rendant hommage aux mères des victimes d'un accident minier... La publicité était discrète : elle remplissait seulement une ligne du journal.
L'association des mères de Tiananmen continue encore aujourd'hui de demander au gouvernement chinois des excuses officielles et des compensations. La brutale répression du mouvement démocratique par l'armée du régime a fait, le 4 juin 1989, des centaines, voire des milliers de morts lors du déclenchement de l'assaut par l'armée autour de la célèbre place de la Porte de la paix céleste. La simple mention de ces "événements" est impossible en Chine où le sujet est le tabou politique le plus résistant à l'évolution du régime dirigé par les héritiers de Deng Xiaoping, l'ex-numéro un chinois.
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 10.06.07.
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