2008年3月7日金曜日

La Chine vigilante face aux risques de surchauffe économique

La Chine vigilante face aux risques de surchauffe économique
LEMONDE.FR avec AFP | 05.03.08 | 08h51 • Mis à jour le 05.03.08 | 09h58


REUTERS/ARND WIEGMANN
Trente ans après l'ouverture au monde de la Chine, six ans après son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce, son "économie se trouve de plus en plus liée à celle du monde", a souligné Wen Jiabao, le premier ministre chinois.



Prise entre les risques de surchauffe de son économie et les craintes générées par un contexte mondial porteur d'"incertitudes", la Chine a annoncé, mercredi 5 mars, un objectif de croissance très prudent de 8 %. Sous la pression accrue des défis sociaux qui l'attendent, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a également promis à l'ouverture de la session annuelle du Parlement la mise en place d'un gouvernement plus efficace pour une société plus juste.

Le premier ministre de 65 ans, qui doit se voir confier un nouveau mandat de cinq ans lors de cette session de deux semaines, a accordé un satisfecit à l'action gouvernementale. La Chine, a-t-il relevé, est passée de la 6e à la 4e place dans l'économie mondiale de 2002 à 2007. Pour 2008, la priorité sera de soutenir cette croissance tout en évitant la surchauffe afin de lutter contre l'inflation, qui rogne le pouvoir d'achat des moins favorisés et nourrit le mécontentement.

CONTRÔLER L'INFLATION

Trente ans après l'ouverture au monde de la Chine, six ans après son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce, son "économie se trouve de plus en plus liée à celle du monde", a souligné Wen Jiabao. La hausse des cours mondiaux des matières premières et produits agricoles fait ainsi peser un risque inflationniste, tandis que la crise des subprimes et le ralentissement de l'économie mondiale incitent Pékin à soutenir sa croissance.

"La tâche primordiale du contrôle macro-économique consistera à empêcher une croissance trop rapide de se transformer en surchauffe et qu'une hausse structurelle des prix ne dégénère en inflation", mais il faudra être vigilant "pour maintenir un rythme de développement à la fois rapide et régulier [...] face à l'incertitude de la situation économique intérieure et extérieure", a-t-il résumé.

L'objectif de croissance de 8 %, le même que celui fixé ces dernières années, est systématiquement dépassé (+ 11,4 % en glissement annuel l'an dernier). L'année 2008 ne devrait pas faire exception : "Non seulement le but de 8 % sera atteint mais il devrait même être dépassé avec une croissance de 9,5 %", estime ainsi Sun Mingchun, économiste de Lehman Brothers. Le taux d'inflation de 4,8 % connu en 2007, le plus fort en onze ans, pourrait lui aussi être dépassé.

25,5 MILLIARDS D'EUROS POUR LA PROTECTION SOCIALE

Pour relever ces défis, Wen Jiabao s'est également engagé à poursuivre la réforme de l'Etat, avec un gouvernement plus efficace, moins corrompu et plus à l'écoute de la population, dont l'immense majorité est écartée de la vie politique, sous la coupe du parti unique. "Il faudra généraliser la démocratie populaire, parfaire le système démocratique, et multiplier les formes et les canaux démocratiques", a avancé le chef du gouvernement.

Wen Jiabao a également annoncé des efforts budgétaires dans les domaines du social et de l'éducation pour améliorer les conditions de vie de la population, sur fond d'inégalités croissantes. Il a ainsi promis le déblocage d'une enveloppe de 276,2 milliards de yuans (25,5 milliards d'euros), en hausse de 20 % par rapport à 2007, "pour accélérer la mise en place d'un système de protection sociale" en Chine.




Wen Jiabao veut une armée plus puissante

Le renforcement de la défense nationale en Chine est une tâche "d'importance stratégique", a indiqué mercredi 5 mars le premier ministre chinois Wen Jiabao. "Renforcer l'édification de la défense nationale et des forces armées constitue une tâche d'importance stratégique pour la construction du socialisme à la chinoise", a-t-il déclaré devant le parlement.

Mardi, le porte-parole du parlement avait annoncé une hausse de 17,6% des dépenses militaires en 2008, à un peu plus de 57 milliards de dollars.

Après le président Hu Jintao mardi, le premier ministre a de nouveau mis en garde contre les tentatives sécessionnistes de Taïwan : "Nous demeurerons intransigeants dans la lutte contre les activités de sécession visant à l''indépendance de Taïwan' et nous ne permettrons jamais que Taïwan soit soustrait à la Chine".

 

En Chine, le pouvoir affiche sa sollicitude à l'égard des migrants

En Chine, le pouvoir affiche sa sollicitude à l'égard des migrants
LE MONDE | 05.03.08 | 14h09 • Mis à jour le 05.03.08 | 14h09
PÉKIN CORRESPONDANT

Ils sont 200 millions en Chine et représentent une grande partie de la force de travail qui ne cesse de faire pousser les gratte-ciel et élargir les villes de l'empire : les travailleurs migrants, paysans chassés des campagnes par une pauvreté endémique, classe sociale souvent misérable, sous-payée et parfois dépourvue des droits dont jouissent les autres citoyens, viennent de faire leur entrée à l'Assemblée nationale populaire (ANP).

Aux côtés des 3 000 délégués, trois de ces "mingong" (min pour nongmin, paysan et gong pour gongren, ouvrier) se sont assis, mercredi 5 mars, à l'ouverture de la session annuelle du "Parlement", sur les bancs de l'immense salle du Grand Palais du peuple de Pékin.

Leur désignation est une tentative du pouvoir de montrer qu'il se soucie, selon les mots d'ordre en vigueur d'"améliorer les conditions de travail" de ces migrants de l'intérieur. A l'heure où le rythme effréné de la croissance creuse les inégalités sociales, le régime est conscient des effets potentiellement déstabilisateurs de cette poudrière sociale.

Deux des trois mingong sont des femmes. L'une d'elles, Hu Xiaoyan, a 34 ans et est originaire de la province du Sichuan (Sud-Ouest). Il y a dix ans, elle a émigré à Foshan, ville du Guangdong, la province emblématique de la croissance chinoise depuis un quart de siècle. Employée d'une usine de poterie, elle a gravi tous les échelons et s'est intégrée dans le système pour être finalement "élue" par le congrès local du parti de sa province, première députée mingong à l'échelon national.

LA CRISE DE L'ÉDUCATION

Sur son ordinateur portable, Mme Hu a recueilli les doléances. Une de ses priorités, a-t-elle déclaré à la presse, sera d'attirer l'attention sur le délicat problème de "l'éducation des enfants" des travailleurs migrants. Ces derniers, souvent illégaux en ville, doivent en effet assurer l'éducation de leurs rejetons dans des écoles officieuses ou tout bonnement les laisser au pays.

La seconde mingong s'appelle Zhu Xueqin. Agée de 31 ans, elle est originaire de la province du Jiangsu (Est). Elle a dû abandonner ses études pour des raisons financières et a émigré à Shanghaï où elle est devenue couturière à la chaîne. Privilégiée, elle a réussi à obtenir une bourse qui lui a permis d'aller se perfectionner au Japon. Elle est devenue vice-présidente du syndicat de son parti et son appartenance à la Ligue de la jeunesse communiste, dont est issu le président de la République et chef du parti Hu Jintao, n'est sans doute pas pour rien dans son ascension jusqu'au sommet. Elle dit vouloir oeuvrer pour élargir au niveau national la couverture sociale de ces travailleurs migrants que leurs employeurs "oublient" parfois de payer durant des mois...

Le troisième a un itinéraire des plus classiques. Originaire de la province du Guizhou (Sud), foyer de minorités ethniques pauvres, Kang Houming a nomadisé longtemps, du Tibet au Sichuan, avant de passer des années à Chongqing (Sud-Ouest), où il a vécu sur un chantier de construction. Son souci est aujourd'hui de voir se développer une politique de logement pour mingong : "Je gagne 2 000 yuans par mois (200 euros) et les prix de l'immobilier sont au-dessus de mes moyens", a-t-il déclaré. En vingt-huit ans de labeur, M. Kang a économisé environ 3 000 euros.

L'entrée au Parlement des trois mingong symbolise le fait, souligne la presse, que les droits des travailleurs migrants "sont les mêmes que les autres citoyens, d'autant qu'ils ont énormément contribué à la croissance économique de la Chine".

Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 06.03.08.




Wen Jiabao annonce une protection sociale accrue

Sous la pression des défis sociaux, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a promis, mercredi 5 mars, lors de l'ouverture à Pékin de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP), la mise en place d'un gouvernement plus efficace pour une société plus juste. Après s'être félicité du fait que la Chine était passée de la sixième à la quatrième place dans l'économie mondiale de 2002 à 2007, le premier ministre a reconnu les immenses défis sociaux et environnementaux que la Chine doit relever. "Nous sommes parfaitement conscients qu'il existe encore beaucoup de problèmes à résoudre dans le développement économique et social", a-t-il affirmé, appelant à "résoudre les problèmes patents liés aux intérêts vitaux de la population". Il a ainsi promis une enveloppe de 276,2 milliards de yuans (25,5 milliards d'euros, + 20 % par rapport à 2007) "pour accélérer la mise en place d'un système de protection sociale". Pour 2008, la priorité sera la lutte contre l'inflation, qui rogne le pouvoir d'achat des moins favorisés, et le renforcement des contrôles pour éviter la surchauffe économique. - (AFP.)

 

2008年3月5日水曜日

CHINE • Nankin, blessure chinoise

CHINE • Nankin, blessure chinoise
Le 70e anniversaire du massacre de Nankin, commis par les troupes japonaises, a été marqué par la sortie de nombreux livres, photos et documentaires. Un film américain a même été projeté dans les salles chinoises.


DE PÉKIN
L’an dernier, Nanking, un bouleversant documentaire américain sur le sac de la ville [en 1937, au début de la guerre sino-japonaise, qui a duré jusqu’en 1945], a obtenu l’autorisation d’être diffusé en Chine, preuve que le spectre de ces sinistres événements vieux de soixante-dix ans continue de hanter les relations sino-japonaises. La sortie du film en Chine, en juillet 2007, avait coïncidé avec le 70e anniversaire de l’invasion massive du pays par l’armée impériale japonaise. Le China Film Group [seul importateur de films étrangers en Chine] avait inscrit Nanking sur la liste restreinte de films étrangers autorisés à être projetés sur les écrans nationaux.
Ce documentaire en anglais sous-titré en chinois, d’une durée de quatre-vingt-dix minutes, s’intéresse à un groupe de missionnaires et d’hommes d’affaires occidentaux restés à Nankin durant les massacres et qui tentèrent de créer une zone d’asile pour des réfugiés chinois. Utilisant des extraits de leurs mémoires et journaux intimes d’origine, le film les mêle à des images d’archives datant de 1937 et à de terrifiants témoignages de rescapés.
En dépit de la réputation qui le précède – il a été réalisé par Dan Sturman et Bill Guttentag, un cinéaste récompensé par un oscar pour le documentaire You Don’t Have To Die, et a séduit la critique lors du festival Sundance aux Etats-Unis –, il risque fort de raviver les vieilles tensions nationalistes entre les deux voisins asiatiques.
Aux yeux de la Chine, le massacre – ou “viol” – de Nankin est une blessure à vif, qui n’a jamais cicatrisé. Les Chinois sont nombreux à considérer que les Japonais ne se sont jamais vraiment repentis des atrocités commises par l’armée impériale. Bien que présenté comme l’Holocauste asiatique, le massacre reste méconnu et peu pris en considération en dehors de l’Asie. A la fin de novembre 1937, l’armée impériale japonaise lança une offensive de grande envergure sur Nankin, nouvelle capitale de la Chine alors nationaliste. Quand la cité fortifiée tomba, le 13 décembre, les Japonais se livrèrent à une orgie de pillage, de meurtre et de viol qui dura six semaines. La ville ne fut plus qu’un immense cimetière, des dizaines de milliers d’hommes furent fauchés à la mitrailleuse, utilisés pour l’entraînement au combat à la baïonnette, brûlés ou enterrés vivants. On estime que de 20 000 à 80 000 jeunes filles et femmes furent violées, mutilées et assassinées.
Même soixante-dix ans plus tard, la Chine et le Japon divergent à propos du nombre des victimes. Les historiens chinois affirment que plus de 300 000 personnes furent tuées. Lors du procès des criminels de guerre japonais à Tokyo, en 1946, il fut établi que 142 000 civils étaient morts de la main des soldats de l’empereur à Nankin. En juin 2007, un groupe de parlementaires japonais a provoqué un tollé en déclarant que, selon des documents d’archives, 20 000 personnes seulement avaient perdu la vie, et en affirmant que la Chine grossissait les chiffres à des fins de propagande. Les historiens occidentaux reconnaissent que le massacre atteignit des proportions abominables, mais ne s’étendent guère sur la chronologie des événements et leurs raisons. Dans son livre, Delivered from Evil – The Saga of World War II, Robert Leckie les résume comme suit : “Rien de ce qu’ont pu faire les nazis sous Hitler pour déshonorer leurs propres victoires ne peut rivaliser avec les atrocités perpétrées par les soldats japonais du général Iwane Matsui”, commandant en chef de l’armée impériale pour la région de Shanghai et Nankin.
Le documentaire de Guttentag et Sturman s’inspire du best-seller Le Viol de Nankin, publié en 1997 par l’auteure sino-américaine Iris Chang*. Lors de ses recherches sur la question, elle eut la surprise de découvrir que nombre de victimes avaient gardé le silence. “Je n’ai pas tardé à comprendre que ce rideau de silence était d’origine politique”, écrit-elle. Iris Chang, qui s’est suicidée en 2004, attribuait cette indifférence historique à des raisons politiques remontant à la guerre froide.

La controverse sino-japonaise est ravivée

A l’issue de la révolution communiste de 1949, ni la république populaire de Chine ni le gouvernement nationaliste en exil à Taïwan (au nom de république de Chine) n’exigèrent de réparations du Japon, car les deux gouvernements étaient en concurrence pour être reconnus par le Japon et établir des relations économiques avec Tokyo. Confrontés à la menace communiste de l’Union soviétique et de la Chine continentale, les Etats-Unis avaient conclu une alliance avec leur ancien ennemi, le Japon.

Mais, si le massacre a été peu abordé dans l’histoire du monde, il reste une question épineuse pour le Japon, car le véritable commandant en chef des opérations militaires à ­Nankin n’était pas le général Matsui, mais le prince Asaka Yasuhiko, oncle de l’empereur Hirohito. Après la guerre, la famille impériale fut exonérée de toute responsabilité pour les atrocités commises par son armée durant la guerre. Le prince Asaka ne fut jamais jugé.
C’est également à Nankin que naquit l’idée des “maisons de réconfort” – les bordels militaires de campagne de l’armée japonaise. Réagissant aux critiques des puissances occidentales au sujet des viols en série à Nankin, le haut commandement japonais envisagea de mettre en place un immense réseau de bordels où des milliers de “femmes de réconfort” satisferaient les désirs sexuels des soldats. D’après les historiens japonais, le projet aurait été lancé dans l’espoir que l’existence d’établissements officiels entraîne une diminution des viols parmi les femmes des populations occupées, limitant ainsi le risque de critiques au niveau international. Nanking, produit par Ted Leonsis, ancien vice-président d’AOL, a encore accru la discorde entre voisins. Comme le soulignaient les réalisateurs avant la première à Pékin, il serait difficile de trouver un autre événement capable, soixante-dix ans après, de susciter une telle controverse.


* Le Viol de Nankin. 1937 : un des plus grands massacres du XXe siècle, Payot, “Essais”, 2007.
 

Plainte contre la Chine pour entraves à l'activité des agences financières

Plainte contre la Chine pour entraves à l'activité des agences financières
LE MONDE | 04.03.08 | 15h13 • Mis à jour le 04.03.08 | 15h13
BRUXELLES BUREAU EUROPÉEN

AFP
Siège de l'Organisation mondiale du commerce, à Genève (Suisse).


L'Union européenne et les Etats-Unis ont déposé plainte, lundi 3 mars, auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre les entraves à l'activité des agences d'information financière en Chine. Pékin "empêche les fournisseurs étrangers d'informations financières d'offrir leurs services directement à leurs clients", ont expliqué les services de Peter Mandelson, le commissaire européen en charge du commerce : Reuters, Bloomberg et Dow Jones "sont désormais tenus de passer par un agent qui est en fait une branche de Chine nouvelle", l'agence officielle.

Les Européens espèrent encore régler ce contentieux à l'amiable pendant la phase de consultation qui s'ouvre au sein de l'OMC dans les 60 prochains jours. Pour eux, les règles en vigueur en Chine constituent un "grave obstacle" aux activités des fournisseurs d'informations financières, alors que le pays est tenu d'accorder aux prestataires de services étrangers un traitement non moins favorable qu'aux entreprises nationales. Bruxelles considère de surcroît que le régime actuel "empêche le bon fonctionnement et la transparence des marchés financiers chinois".

Soucieux de contrôler l'information sur son territoire à la veille des Jeux olympiques, Pékin est au contraire d'avis que l'engagement d'ouverture de ses marchés financiers, tel que négocié lors de son adhésion à l'OMC en 2001, ne vaut pas pour les "agences de presse" spécialisées. C'est la deuxième fois que l'Union européenne attaque la Chine à Genève. Le premier contentieux, ouvert avec les Etats-Unis et le Canada, concerne les droits de douane prélevés sur l'importation de pièces automobiles : une condamnation préliminaire de la Chine a été prononcée par un panel d'arbitrage de l'OMC, mercredi 13 février, mais une décision définitive n'est pas attendue avant plusieurs mois.

Philippe Ricard
Article paru dans l'édition du 05.03.08.

 

L'inflation chinoise devient une menace

L'inflation chinoise devient une menace
LE MONDE | 03.03.08 | 14h53 • Mis à jour le 03.03.08 | 14h53


L'annonce par la province chinoise du Guangdong d'une hausse de 13 % du salaire minimum est un signe inquiétant. La banque américaine Citigroup estime pour sa part qu'il augmentera globalement de 21 % en moyenne en Chine en 2008.

Une telle progression va certainement affecter le niveau de l'inflation dans le monde. Ce mouvement de hausse du salaire minimum est la conséquence des pressions qui s'exercent sur l'ensemble de l'échelle des rémunérations en Chine. Pendant des décennies, la production de produits manufacturés à bas prix dans ce pays a été un élément clé de désinflation dans le monde. L'actuelle envolée des coûts pousse les prix planétaires dans l'autre direction.

En gros, l'augmentation, en dollar, des produits chinois devrait correspondre à la hausse des salaires moins les gains de productivité, augmentée des accroissements de coûts autres que ceux du travail (énergie, immobilier, capital...) et de la progression du yuan face au dollar. Or, même en Chine, il est peu probable que la productivité du travail dans les usines augmente de plus de 10 % par an. Donc, si les salaires progressent de 21 %, le coût du travail augmentera de 11 %. En faisant une moyenne avec la hausse des coûts non salariaux (+ 7 % aujourd'hui en Chine), cela donne une hausse des prix de 9 % qui correspond à 18 % d'inflation en dollar si on considère que le yuan va s'apprécier, cette année comme en 2007, de 9 % face au billet vert.

Dans le passé, la hausse des prix pouvait être réduite en transférant la production à l'intérieur du territoire chinois, c'est-à-dire dans les zones rurales. Mais, dans ces régions désormais, le salaire minimum connaît des hausses atteignant parfois les 50 %, même au Tibet. Pour les fabricants, il n'y a plus d'eldorado salarial en Chine. Transférer la production au Vietnam n'est pas non plus une solution : l'inflation y était de 15,7 % en rythme annuel en février et la monnaie locale, le dong, s'apprécie aussi contre la devise américaine.

Comme la Chine représente 16 % des importations américaines, une augmentation de 18 % en dollar des produits chinois va ajouter 2,9 % d'inflation aux biens importés - une hausse des prix qui, pour l'essentiel, exclut l'énergie et l'alimentation. D'ailleurs, les prix à l'importation aux Etats-Unis étaient déjà en hausse de 13,7 % en janvier par rapport au même mois de 2007.

Pour plus d'onformation, connectez-vous sur breakingviews.com

Martin Hutchinson
Article paru dans l'édition du 04.03.08.

 

Lorsque les Chinois votent contre trop de Chinois

Lorsque les Chinois votent contre trop de Chinois
LE MONDE | 03.03.08 | 17h19 • Mis à jour le 03.03.08 | 17h19



AFP/TEH ENG KOON
Lors de la dernière Coupe du monde féminine de tennis de table, 14 concurrentes sur 16 étaient d'origine asiatique.


Du strict point de vue du jeu, c'est un régal. Les meilleurs joueurs s'affrontent, pour la plus grande beauté du geste. Mais question universalité, le bel idéal sportif en prend un coup.

Depuis quelques années, les compétitions de tennis de table, de plus en plus, se transforment en affrontements sino-chinois. Avec, d'un côté, les titulaires d'un passeport délivré par les autorités de Pékin, et de l'autre les compétiteurs naturalisés, souvent à la hâte, par des pays soucieux de s'attacher des talents introuvables dans leurs frontières. Lors de la dernière Coupe du monde féminine, 14 concurrentes sur 16 étaient d'origine asiatique.

Trop c'est trop, ont donc tonné les autorités pongistes. La Fédération internationale de tennis de table (ITTF) a voté, vendredi 29 février, un nouveau règlement, pour les championnats du monde et les Coupes du monde. Tous les joueurs naturalisés avant l'âge de 15 ans doivent attendre trois ans avant de pouvoir porter leurs nouvelles couleurs, un temps de latence porté à cinq ans pour ceux naturalisés entre 15 et 18 ans, et à sept ans pour ceux naturalisés entre 18 et 21 ans. A un âge plus avancé, un "transfert" n'est tout simplement plus possible.

"C'était devenu très mauvais pour l'image du tennis de table", affirme la Française Claude Bergeret, ancienne championne et aujourd'hui vice-présidente de l'ITTF. La motion a été votée par 45 voix contre 2 au sein du comité directeur de la fédération. Elle a même obtenu la voix du représentant chinois. "Ils devaient affronter certains de leurs anciens joueurs, qui sont une vraie concurrence pour leur équipe", explique Claude Bergeret. "Ils sont intelligents et cette affaire montre leur capacité à autoréguler leurs propres excès. Ils ont compris que ça allait tuer un business qu'ils dominent, car le grand public international ne veut pas voir que des Chinois", complète un observateur.

Reste l'épineux problème juridique. Ce genre de règlement est souvent battu en brèche devant les tribunaux. "Il s'agit d'une discrimination, affirme l'avocat Serge Pautot, spécialiste du droit du sport. Cela peut-être considéré, pour un naturalisé, comme une restriction au droit de travailler." L'analyse est contestée par Claude Bergeret : "Ce règlement ne concerne que les championnats et les Coupes du monde, qui sont des épreuves de statut amateur, sans primes." Même si elles amènent de la notoriété et donc des revenus de sponsoring...

Pierre Jaxel-Truer
Article paru dans l'édition du 04.03.08.

 

La Chine annonce une forte augmentation de ses dépenses militaires

La Chine annonce une forte augmentation de ses dépenses militaires
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 04.03.08 | 09h50 • Mis à jour le 04.03.08 | 10h59


REUTERS/JASON LEE
Le musée militaire de Pékin.


Dans le cadre de son programme de modernisation des forces armées, la Chine prévoit d'accroître son budget militaire de 17,6 % en 2008. Le nouveau budget des forces chinoises atteindra 417,769 milliards de yuans, soit 38,7 milliards d'euros, a indiqué, mardi 4 mars, le porte-parole de l'Assemblée nationale populaire, Jiang Enzhu, à la veille de l'ouverture de la réunion annuelle du Parlement. Selon le responsable chinois, la hausse budgétaire est majoritairement destinée à augmenter la solde des militaires et à améliorer l'entraînement des officiers, ainsi qu'à remettre à niveau les équipements.

Depuis plus d'une décennie, les dépenses dans le domaine de la défense connaissent une croissance à deux chiffres, souvent présentée comme un rattrapage par rapport aux années 1970 et 1980. En 2007, la hausse a été de 17,8 %, la plus élevée en dix ans. Le porte-parole chinois a toutefois souligné que l'augmentation de ce budget est à mettre en rapport avec la croissance économique. "La construction de l'armée chinoise est en adéquation avec le développement de l'économie et de la société", a-t-il déclaré, précisant également que les dépenses militaires augmentent aussi moins vite que les recettes publiques.

SCEPTICISME DES ÉTATS-UNIS

La Chine estime enfin que, dans ce domaine, son budget reste "inférieur à celui d'autres pays, en particulier certaines grandes puissances". De fait, en février, le président américain George W. Bush a proposé pour l'exercice 2009 un budget militaire de 606,4 milliards de dollars, soit 400 milliards d'euros, une hausse de 7,5 % par rapport à celui approuvé par le Congrès pour 2008.

Les estimations officielles des dépenses militaires chinoises ont été accueillies avec scepticisme à l'étranger, notamment aux Etats-Unis. Dans son dernier rapport, le Pentagone s'interroge ainsi sur "les risques pour la stabilité" découlant du "manque de transparence" de la Chine. Le gouvernement américain estime que l'expansion militaire chinoise prépare une éventuelle crise avec Taïwan, et n'écarte pas non plus la possibilité que "Pékin développe des capacités pour d'autres circonstances comme des conflits sur des ressources ou des territoires disputés".

Dans un communiqué officiel, le Japon voisin a également réagi en appelant la Chine à répondre aux inquiétudes de la communauté internationale. "Le ministère [de la défense] continuera à œuvrer pour que la Chine renforce la transparence sur la force de son armée", font savoir les responsables japonais.