Le G7 admoneste Pékin et veut rassurer les marchés
LEMONDE.FR | 20.10.07 | 11h48 • Mis à jour le 20.10.07 | 12h12
Les ministres des finances du G7 – les sept pays les plus industrialisés (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) –, réunis à Washington, ont fait passer deux messages très différents, vendredi 19 octobre. Le premier se voulait rassurant sur "une croissance mondiale qui reste forte", en dépit des "turbulences sur les marchés financiers, des prix élevés du pétrole et la faiblesse du marché immobilier américain".
Le second a consisté à hausser le ton face à la Chine et sa politique de monnaie faible. Le G7 se félicite bien "de la décision de la Chine d'accroître la flexibilité de sa monnaie", mais "au vu du gonflement de l'excédent de sa balance des paiements, nous la pressons de permettre une appréciation accélérée de son taux de change réel".
En termes diplomatiques, cette phrase signifie que les Européens joignent leurs protestations à celle des Américains. Ceux-ci ne se satisfont plus du tout des 5 % de réévaluation annuelle du yuan par rapport au dollar ; ceux-là se désespèrent que l'évolution de la monnaie chinoise par rapport à l'euro soit voisine de zéro.
L'expression de cette exaspération est destinée à conforter le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, et le commissaire européen au commerce Joaquin Almunia, qui se rendront en Chine dans quelques jours.
Sans attendre cette admonestation, Wu Xiaoling, la numéro deux de la banque centrale chinoise, avait certifié, le même jour, que son pays faisait de son mieux, mais qu'il modifierait son taux de change "de manière contrôlée, de sa propre initiative et de façon graduelle".
Le deuxième message est surtout destiné aux marchés. Ceux-ci s'inquiètent des conséquences de la crise des crédits immobiliers américains, de l'envolée des cours du pétrole et du risque de récession aux Etats-Unis.
Henry Paulson, le secrétaire américain au Trésor, et Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale (Fed), se sont montrés sereins, expliquant en substance : "Certes, la crise immobilière laisse planer une incertitude sur la croissance américaine, mais la demande se maintient et le marché de l'emploi est bien orienté. Laissons les traumatismes se cicatriser en douceur." Le G7 a fait sien cet optimisme. Comme l'a dit, la ministre de l'économie et des finances françaises, Christine Lagarde : "J'espère que les marchés vont entendre." En revanche, le G7 est resté muet sur la faiblesse du dollar et du yen qui inquiètent les Européens presque autant que celle du yuan. M.Paulson a encore une fois affirmé "qu'un dollar fort est bon pour l'économie américaine", ce qui pourrait presque passer pour de l'humour au moment où le billet vert recule chaque jour avec l'assentiment des experts du Fonds monétaire international (FMI).
Le G7 s'est aussi penché sur les dysfonctionnements de la mondialisation constatés ces derniers mois. Il a examiné les nouveaux produits – pas toujours maîtrisés – de la finance, tels la "titrisation" des prêts hypothécaires, les fonds spéculatifs (hedge funds), les fonds vautours et les fonds souverains.
Le G7 fait pression sur les différents acteurs pour obtenir une transparence accrue et des codes de bonne conduite. Ces améliorations permettront peut-être d'éviter des crises ou des scandales, comme celui de la dette de la Zambie à l'égard de la Roumanie rachetée à vil prix par un fonds vautour qui a obtenu d'un tribunal son remboursement intégral, soit 400% de profit au détriment d'un pays très pauvre.
Face à ces ratés, les pays en développement regroupés au sein du G24 se sont payé le luxe de faire la leçon au G7. Il y a quelques années, ils étaient mal en point; aujourd'hui, c'est leur bonne santé qui permet au monde de conserver une croissance de 5 % l'an. Hier, ils quémandaient des prêts auprès du FMI pour surmonter des crises dont ils étaient responsables; désormais, ils sont les créanciers des pays riches.
Au nom du G24, Oscar Tangelson, vice-ministre de l'économie argentin, a sauté sur l'occasion en demandant au FMI "d'améliorer la surveillance qu'il exerce sur les économies avancées, en accordant autant d'attention à l'évaluation des faiblesses de ces dernières qu'à celles des économies émergentes".
Washington, envoyé spécial, Alain Faujas
2007年10月20日土曜日
A Pékin, les opposants sont harcelés, brutalisés, enlevés
A Pékin, les opposants sont harcelés, brutalisés, enlevés
LE MONDE | 19.10.07 | 14h38 • Mis à jour le 19.10.07 | 14h38
PÉKIN CORRESPONDANT
AP/Greg Baker
Un policier film une altercation avec une femme près de la place Tiananmen, à Pékin, le 19 octobre 2007.
La tenue du 17e congrès du Parti communiste chinois (PCC), à l'ouverture duquel le chef du parti et président de la République, Hu Jintao, a prononcé, le 15 octobre, un discours où il a mentionné
soixante fois le mot "démocratie", provoque un excès de zèle de la police : ceux, dissidents et défenseurs des droits de l'homme, qui pourraient profiter de l'occasion pour gâcher la grand-messe quinquennale du PCC sont écartés, placés en résidence surveillée, parfois brutalisés.
Zhou Li, une femme de 39 ans, enceinte de plusieurs mois, est une activiste du quartier situé près du célèbre temple du Ciel, une zone où les promoteurs, en cheville avec les autorités municipales, vont faire expulser des milliers de personnes, raser des dizaines de rues pour transformer ce coin populaire du Vieux Pékin en de vastes galeries commerciales. Depuis des mois, elle s'emploie à convaincre les gens de ne pas céder aux compensations financières inadéquates, et appelle à la résistance.
Avant même le début du congrès, elle et ses voisins de la petite cour carrée traditionnelle où elle loge ont commencé à subir le harcèlement des policiers. Deux autres activistes très connus habitent dans la même maison : Sun Xiaodi, un militant écologiste qui a dénoncé la production d'uranium dans la province du Gansu, et Hua Huiqi, chrétien "clandestin" qui appartient à une secte protestante interdite.
RÉSISTANTS DU TEMPLE DU CIEL
Il y a une semaine, ce dernier a été violemment battu devant chez lui par des voyous à la solde de la police. Mercredi, lors de notre rencontre avec Zhou Li, il venait encore d'être brutalisé pour avoir osé, raconte-t-elle, "aller aux toilettes publiques dans la rue". "Les policiers ne laissent plus sortir personne de la maison. Ils ont fini par m'accompagner à l'hôpital pour que je puisse subir des examens, puisque je suis enceinte", dit-elle.
Dans la cour, ce mercredi 18 octobre, c'est l'émotion : la propriétaire, une dame aux cheveux blancs, agenouillée, se prosterne en se tapant le front sur le sol. Elle hurle, désignant deux jeunes hommes : "Ce sont eux qui nous frappent, ce sont eux qui répriment les petites gens comme nous." Trois policiers en civils sont là, vêtus de noir, le visage fermé.
Quelques instants plus tard, une demi-douzaine d'agents, en uniforme cette fois, dont plusieurs officiers et un fonctionnaire s'exprimant dans un anglais correct, font irruption dans la cour, demandent leurs papiers aux deux journalistes présents. Qui seront empêchés de faire leur travail d'enquête alors que Hua Huiqi gît, à moitié inconscient, dans l'une des pièces de la petite cour. On est prié, courtoisement mais fermement, de déguerpir et la police entoure le quartier d'un ruban de plastique jaune qui délimite d'ordinaire une scène de crime. Le piège s'est refermé sur les résistants du temple du Ciel.
Avant l'incident, dans un fast-food situé près de la place Tiananmen, Zhou Li confiait son désabusement : "Je n'ai pas confiance dans le Parti communiste, et Hu Jintao peut bien faire de belles promesses, il est impuissant à changer les choses..."
Depuis plusieurs semaines, la répression contre les défenseurs des droits de l'homme s'est accrue, mobilisant, selon le militant Hu Jia, lui-même en résidence surveillée, "des forces plus importantes qu'à l'ordinaire". Il raconte qu'une quinzaine de policiers campent jour et nuit dans le couloir de son immeuble. L'avocat Gao Zhisheng, connu notamment pour sa défense des membres de la secte interdite du Falun Gong, a disparu depuis des semaines. Un de ses collègues, Li Heping, a été enlevé et passé à tabac par des hommes de main.
Dans la province centrale du Hubei, par ailleurs, deux activistes très connus, Yao Lifa et Lu Banglie, ont "disparu" peu avant l'ouverture du congrès du PCC.
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 20.10.07.
LE MONDE | 19.10.07 | 14h38 • Mis à jour le 19.10.07 | 14h38
PÉKIN CORRESPONDANT
AP/Greg BakerUn policier film une altercation avec une femme près de la place Tiananmen, à Pékin, le 19 octobre 2007.
La tenue du 17e congrès du Parti communiste chinois (PCC), à l'ouverture duquel le chef du parti et président de la République, Hu Jintao, a prononcé, le 15 octobre, un discours où il a mentionné
soixante fois le mot "démocratie", provoque un excès de zèle de la police : ceux, dissidents et défenseurs des droits de l'homme, qui pourraient profiter de l'occasion pour gâcher la grand-messe quinquennale du PCC sont écartés, placés en résidence surveillée, parfois brutalisés.
Zhou Li, une femme de 39 ans, enceinte de plusieurs mois, est une activiste du quartier situé près du célèbre temple du Ciel, une zone où les promoteurs, en cheville avec les autorités municipales, vont faire expulser des milliers de personnes, raser des dizaines de rues pour transformer ce coin populaire du Vieux Pékin en de vastes galeries commerciales. Depuis des mois, elle s'emploie à convaincre les gens de ne pas céder aux compensations financières inadéquates, et appelle à la résistance.
Avant même le début du congrès, elle et ses voisins de la petite cour carrée traditionnelle où elle loge ont commencé à subir le harcèlement des policiers. Deux autres activistes très connus habitent dans la même maison : Sun Xiaodi, un militant écologiste qui a dénoncé la production d'uranium dans la province du Gansu, et Hua Huiqi, chrétien "clandestin" qui appartient à une secte protestante interdite.
RÉSISTANTS DU TEMPLE DU CIEL
Il y a une semaine, ce dernier a été violemment battu devant chez lui par des voyous à la solde de la police. Mercredi, lors de notre rencontre avec Zhou Li, il venait encore d'être brutalisé pour avoir osé, raconte-t-elle, "aller aux toilettes publiques dans la rue". "Les policiers ne laissent plus sortir personne de la maison. Ils ont fini par m'accompagner à l'hôpital pour que je puisse subir des examens, puisque je suis enceinte", dit-elle.
Dans la cour, ce mercredi 18 octobre, c'est l'émotion : la propriétaire, une dame aux cheveux blancs, agenouillée, se prosterne en se tapant le front sur le sol. Elle hurle, désignant deux jeunes hommes : "Ce sont eux qui nous frappent, ce sont eux qui répriment les petites gens comme nous." Trois policiers en civils sont là, vêtus de noir, le visage fermé.
Quelques instants plus tard, une demi-douzaine d'agents, en uniforme cette fois, dont plusieurs officiers et un fonctionnaire s'exprimant dans un anglais correct, font irruption dans la cour, demandent leurs papiers aux deux journalistes présents. Qui seront empêchés de faire leur travail d'enquête alors que Hua Huiqi gît, à moitié inconscient, dans l'une des pièces de la petite cour. On est prié, courtoisement mais fermement, de déguerpir et la police entoure le quartier d'un ruban de plastique jaune qui délimite d'ordinaire une scène de crime. Le piège s'est refermé sur les résistants du temple du Ciel.
Avant l'incident, dans un fast-food situé près de la place Tiananmen, Zhou Li confiait son désabusement : "Je n'ai pas confiance dans le Parti communiste, et Hu Jintao peut bien faire de belles promesses, il est impuissant à changer les choses..."
Depuis plusieurs semaines, la répression contre les défenseurs des droits de l'homme s'est accrue, mobilisant, selon le militant Hu Jia, lui-même en résidence surveillée, "des forces plus importantes qu'à l'ordinaire". Il raconte qu'une quinzaine de policiers campent jour et nuit dans le couloir de son immeuble. L'avocat Gao Zhisheng, connu notamment pour sa défense des membres de la secte interdite du Falun Gong, a disparu depuis des semaines. Un de ses collègues, Li Heping, a été enlevé et passé à tabac par des hommes de main.
Dans la province centrale du Hubei, par ailleurs, deux activistes très connus, Yao Lifa et Lu Banglie, ont "disparu" peu avant l'ouverture du congrès du PCC.
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 20.10.07.
2007年10月18日木曜日
Pékin s'indigne de la visite du dalaï-lama aux Etats-Unis
Pékin s'indigne de la visite du dalaï-lama aux Etats-Unis
LEMONDE.FR avec AFP | 16.10.07 | 11h50 • Mis à jour le 16.10.07 | 12h20
AFP/GIULIO NAPOLITANO
Le dalaï-lama, le 13 octobre 2006.
Pékin a haussé le ton contre les Etats-Unis, mardi 16 octobre, s'insurgeant contre la visite du dalaï-lama à Washington et mettant en garde contre une dégradation des relations entre les deux pays. "Nous avons déjà protesté plusieurs fois auprès des Américains et nous les appelons de nouveau à corriger leur erreur", a déclaré le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Liu Jianchao.
A l'origine du courroux chinois : les cérémonies prévues au Congrès mercredi, où le dalaï-lama se verra remettre la plus haute distinction civile du Parlement, la Médaille d'or du Congrès. Pékin demande aussi à George Bush d'annuler sa rencontre, prévue ce mardi, avec le chef spirituel tibétain.
"GROSSIÈRE INGÉRENCE"
Pour Liu Jianchao, ces honneurs "violent gravement les principes de base des relations internationales, heurtent les sentiments des Chinois et constituent une grossière ingérence dans les affaires intérieures chinoises". "Nous exprimons notre profond mécontentement et notre ferme opposition", a-t-il ajouté, prévenant que "cette action va saper gravement les relations entre la Chine et les Etats-Unis".
C'est la première fois que le président américain participera à un événement public avec un homme qui incarne, à l'étranger, la lutte pour les droits fondamentaux en Chine. Pékin avait déjà exprimé son vif mécontentement quand la chancelière allemande, Angela Merkel, avait reçu, en septembre, le dalaï-lama.
Une réunion internationale sur le programme nucléaire iranien, prévue mercredi à Berlin, a été reportée sine die, en raison, selon des diplomates, du désaccord sino-américain sur le dalaï-lama. Cependant, le porte-parole chinois Liu Jianchao a nié cette version, affirmant que l'annulation était due à des "raisons techniques".
LEMONDE.FR avec AFP | 16.10.07 | 11h50 • Mis à jour le 16.10.07 | 12h20
AFP/GIULIO NAPOLITANOLe dalaï-lama, le 13 octobre 2006.
Pékin a haussé le ton contre les Etats-Unis, mardi 16 octobre, s'insurgeant contre la visite du dalaï-lama à Washington et mettant en garde contre une dégradation des relations entre les deux pays. "Nous avons déjà protesté plusieurs fois auprès des Américains et nous les appelons de nouveau à corriger leur erreur", a déclaré le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Liu Jianchao.
A l'origine du courroux chinois : les cérémonies prévues au Congrès mercredi, où le dalaï-lama se verra remettre la plus haute distinction civile du Parlement, la Médaille d'or du Congrès. Pékin demande aussi à George Bush d'annuler sa rencontre, prévue ce mardi, avec le chef spirituel tibétain.
"GROSSIÈRE INGÉRENCE"
Pour Liu Jianchao, ces honneurs "violent gravement les principes de base des relations internationales, heurtent les sentiments des Chinois et constituent une grossière ingérence dans les affaires intérieures chinoises". "Nous exprimons notre profond mécontentement et notre ferme opposition", a-t-il ajouté, prévenant que "cette action va saper gravement les relations entre la Chine et les Etats-Unis".
C'est la première fois que le président américain participera à un événement public avec un homme qui incarne, à l'étranger, la lutte pour les droits fondamentaux en Chine. Pékin avait déjà exprimé son vif mécontentement quand la chancelière allemande, Angela Merkel, avait reçu, en septembre, le dalaï-lama.
Une réunion internationale sur le programme nucléaire iranien, prévue mercredi à Berlin, a été reportée sine die, en raison, selon des diplomates, du désaccord sino-américain sur le dalaï-lama. Cependant, le porte-parole chinois Liu Jianchao a nié cette version, affirmant que l'annulation était due à des "raisons techniques".
Se donner bonne conscience face à la Chine
Se donner bonne conscience face à la Chine
LE MONDE | 17.10.07 | 14h56 • Mis à jour le 17.10.07 | 14h56
On l'aime bien, en Occident, le dalaï-lama. Mais si l'intérêt pour sa philosophie et ses enseignements drainent des foules toujours plus nombreuses de bouddhistes européens ou américains, sur le plan politique, l'ultime réincarnation du Bouddha Cherenzi semblait pourtant sur la touche.
En ces temps où la Chine obsède le monde, que pèse la sympathique image de cet homme de 72 ans qui risque fort de ne jamais revoir son pays, le Tibet, en voie de sinisation avancée ? Même à Dharamsala, sa redoute himalayenne où il préside un "gouvernement en exil" depuis sa fuite, en 1959, les plus radicaux n'hésitent pas à critiquer sa politique.
Les militants du Tibetan Youth Congress, l'organisation des "jeunes" exilés tibétains, estiment que la posture de non-violence prônée par le dalaï-lama s'est avérée impuissante à faire fléchir les hiérarques d'un empire du Milieu qui revendique un long rapport de suzeraineté avec le Tibet.
Le dalaï-lama a toujours soutenu que le passage à la violence sur le toit du monde ne servirait qu'à compliquer la vie de ses anciens sujets. Mais en quarante-huit ans, depuis le soulèvement de Lhassa, militaires et policiers chinois ont réussi à casser le mouvement de guérilla tibétaine des années 1950, puis celui emmené par les moines bouddhistes des années 1980-1990.
La cause tibétaine est sans doute une cause perdue : le dalaï-lama ne cesse de répéter qu'il admet l'appartenance de son ancien royaume à la Chine éternelle ; tout juste se borne-t-il à demander la fin d'un "génocide culturel" au Tibet et la possibilité pour les Tibétains de mener, localement, leurs propres affaires. La réponse de Pékin n'a presque jamais varié, en dépit de négociations secrètes avec des envoyés de "Sa Sainteté" : le dalaï-lama ne serait qu'un "sécessionniste" dangereux pour l'"unité de la patrie" chinoise...
Mais voilà que, depuis quelque temps, tout se passe comme si le "pape" de l'Eglise tibétaine revenait au centre de la scène. En quelques mois, il a été reçu en Australie par le premier ministre John Howard ; puis par le chancelier australien Alfred Gusenbauer ; enfin, par la chancelière allemande Angela Merkel. Mercredi 17 octobre, après s'être entretenu discrètement la veille avec George Bush, il devait apparaître pour la première fois en public avec un président américain en exercice, à l'occasion d'une réception au cours de laquelle il devait recevoir la médaille d'or du Congrès.
Il ne faut, bien sûr, pas exagérer la signification de cette rencontre. Aucun leader mondial n'ira très loin dans son soutien à la cause tibétaine. Sans doute le dalaï-lama est-il une figure commode permettant à l'Occident de se racheter une conscience à bon marché face au dragon chinois.
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 18.10.07.
LE MONDE | 17.10.07 | 14h56 • Mis à jour le 17.10.07 | 14h56
On l'aime bien, en Occident, le dalaï-lama. Mais si l'intérêt pour sa philosophie et ses enseignements drainent des foules toujours plus nombreuses de bouddhistes européens ou américains, sur le plan politique, l'ultime réincarnation du Bouddha Cherenzi semblait pourtant sur la touche.
En ces temps où la Chine obsède le monde, que pèse la sympathique image de cet homme de 72 ans qui risque fort de ne jamais revoir son pays, le Tibet, en voie de sinisation avancée ? Même à Dharamsala, sa redoute himalayenne où il préside un "gouvernement en exil" depuis sa fuite, en 1959, les plus radicaux n'hésitent pas à critiquer sa politique.
Les militants du Tibetan Youth Congress, l'organisation des "jeunes" exilés tibétains, estiment que la posture de non-violence prônée par le dalaï-lama s'est avérée impuissante à faire fléchir les hiérarques d'un empire du Milieu qui revendique un long rapport de suzeraineté avec le Tibet.
Le dalaï-lama a toujours soutenu que le passage à la violence sur le toit du monde ne servirait qu'à compliquer la vie de ses anciens sujets. Mais en quarante-huit ans, depuis le soulèvement de Lhassa, militaires et policiers chinois ont réussi à casser le mouvement de guérilla tibétaine des années 1950, puis celui emmené par les moines bouddhistes des années 1980-1990.
La cause tibétaine est sans doute une cause perdue : le dalaï-lama ne cesse de répéter qu'il admet l'appartenance de son ancien royaume à la Chine éternelle ; tout juste se borne-t-il à demander la fin d'un "génocide culturel" au Tibet et la possibilité pour les Tibétains de mener, localement, leurs propres affaires. La réponse de Pékin n'a presque jamais varié, en dépit de négociations secrètes avec des envoyés de "Sa Sainteté" : le dalaï-lama ne serait qu'un "sécessionniste" dangereux pour l'"unité de la patrie" chinoise...
Mais voilà que, depuis quelque temps, tout se passe comme si le "pape" de l'Eglise tibétaine revenait au centre de la scène. En quelques mois, il a été reçu en Australie par le premier ministre John Howard ; puis par le chancelier australien Alfred Gusenbauer ; enfin, par la chancelière allemande Angela Merkel. Mercredi 17 octobre, après s'être entretenu discrètement la veille avec George Bush, il devait apparaître pour la première fois en public avec un président américain en exercice, à l'occasion d'une réception au cours de laquelle il devait recevoir la médaille d'or du Congrès.
Il ne faut, bien sûr, pas exagérer la signification de cette rencontre. Aucun leader mondial n'ira très loin dans son soutien à la cause tibétaine. Sans doute le dalaï-lama est-il une figure commode permettant à l'Occident de se racheter une conscience à bon marché face au dragon chinois.
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 18.10.07.
Privés de démocratie, les bourgeois branchés de Pékin pensent à l'argent
Privés de démocratie, les bourgeois branchés de Pékin pensent à l'argent
LE MONDE | 16.10.07 | 15h24
PÉKIN CORRESPONDANT
La scène se passe dans un bar à vin du quartier de Houhaï, un ensemble de maisons traditionnelles alignées le long d'un lac devenu l'un des hauts lieux du tourisme à Pékin. Ils sont deux : elle a une petite trentaine et travaille dans l'art contemporain ; lui a le même âge, il est professeur d'arts plastiques. Ils ne veulent pas être nommément cités, car ils expriment des idées qui, pour le moins, ne sont pas vraiment "dans la "ligne"...
Le Parti communiste chinois (PCC) a ouvert, lundi 15 octobre, son 17e congrès. "Le parti ? C'est une fiction, s'esclaffe la jeune femme en commandant un verre de bordeaux. La plupart des Chinois se moquent de la politique. Je ne me sens liée en rien avec l'Etat, je ne paie pas d'impôts..."
La fraude fiscale, un sport national en République populaire de Chine, n'est que l'un des comportements qui illustrent le cynisme d'une partie de l'élite et, plus généralement, des représentants de la classe moyenne et moyenne supérieure.
Le professeur a été éduqué à l'étranger. Il boit des bières en maugréant contre le système : "Moi, le congrès du parti et tout ça, ça ne me concerne absolument pas, car on n'est pas en démocratie. On n'a le choix de rien. Sauf celui de la fermer. "
Changement de décor et rencontre dans "l'usine 798", une friche industrielle partiellement transformée en un vaste réseau de galeries d'art contemporain, de cafés, d'ateliers d'artistes. Un temple de la culture "underground" au début des années 2000, qui a été récupéré par le marché de l'art contemporain, en plein boom en Chine.
Dans un studio de style Bauhaus - l'usine était à l'origine allemande - un "installateur" connu, qui préfère garder l'anonymat, porte un jugement plus mesuré. "Le parti n'est pas tant que ça coupé des gens. Ma soeur y est inscrite, sourit-il. Mais je trouve qu'il a pris trop de pouvoir dans nos vies ; l'essentiel est la démocratie. On est quand même dans une phase, grâce aux réformes économiques lancées par Deng Xiaoping, de développement et d'enrichissement. Il faut reconnaître que le parti est un garant de stabilité. Il a réussi à permettre une élévation du niveau de vie de la population."
Dans un luxueux ensemble résidentiel, une photographe, qui a réussi dans l'art contemporain, éclate de rire quand on lui demande ce qu'elle pense du congrès du PCC. "Je ne lis jamais de journaux et quand on se réunit avec mes amis, on ne parle jamais de politique. Je crois qu'on n'a jamais dû, ensemble, prononcer le nom de Hu Jintao ! (chef du parti et président de la République)", s'exclame-t-elle.
"Durant les événements de Tiananmen, en 1989, je suis sortie dans la rue. J'étais passionnée par ce qui se passait, se souvient la photographe. Puis la tragédie est survenue, la répression. Aujourd'hui, je me dis que tout va trop vite en Chine. Je suis excitée par ce développement rapide mais aussi un peu effrayée : ce pays va-t-il enfanter un monstre ?"
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 17.10.07.
LE MONDE | 16.10.07 | 15h24
PÉKIN CORRESPONDANT
La scène se passe dans un bar à vin du quartier de Houhaï, un ensemble de maisons traditionnelles alignées le long d'un lac devenu l'un des hauts lieux du tourisme à Pékin. Ils sont deux : elle a une petite trentaine et travaille dans l'art contemporain ; lui a le même âge, il est professeur d'arts plastiques. Ils ne veulent pas être nommément cités, car ils expriment des idées qui, pour le moins, ne sont pas vraiment "dans la "ligne"...
Le Parti communiste chinois (PCC) a ouvert, lundi 15 octobre, son 17e congrès. "Le parti ? C'est une fiction, s'esclaffe la jeune femme en commandant un verre de bordeaux. La plupart des Chinois se moquent de la politique. Je ne me sens liée en rien avec l'Etat, je ne paie pas d'impôts..."
La fraude fiscale, un sport national en République populaire de Chine, n'est que l'un des comportements qui illustrent le cynisme d'une partie de l'élite et, plus généralement, des représentants de la classe moyenne et moyenne supérieure.
Le professeur a été éduqué à l'étranger. Il boit des bières en maugréant contre le système : "Moi, le congrès du parti et tout ça, ça ne me concerne absolument pas, car on n'est pas en démocratie. On n'a le choix de rien. Sauf celui de la fermer. "
Changement de décor et rencontre dans "l'usine 798", une friche industrielle partiellement transformée en un vaste réseau de galeries d'art contemporain, de cafés, d'ateliers d'artistes. Un temple de la culture "underground" au début des années 2000, qui a été récupéré par le marché de l'art contemporain, en plein boom en Chine.
Dans un studio de style Bauhaus - l'usine était à l'origine allemande - un "installateur" connu, qui préfère garder l'anonymat, porte un jugement plus mesuré. "Le parti n'est pas tant que ça coupé des gens. Ma soeur y est inscrite, sourit-il. Mais je trouve qu'il a pris trop de pouvoir dans nos vies ; l'essentiel est la démocratie. On est quand même dans une phase, grâce aux réformes économiques lancées par Deng Xiaoping, de développement et d'enrichissement. Il faut reconnaître que le parti est un garant de stabilité. Il a réussi à permettre une élévation du niveau de vie de la population."
Dans un luxueux ensemble résidentiel, une photographe, qui a réussi dans l'art contemporain, éclate de rire quand on lui demande ce qu'elle pense du congrès du PCC. "Je ne lis jamais de journaux et quand on se réunit avec mes amis, on ne parle jamais de politique. Je crois qu'on n'a jamais dû, ensemble, prononcer le nom de Hu Jintao ! (chef du parti et président de la République)", s'exclame-t-elle.
"Durant les événements de Tiananmen, en 1989, je suis sortie dans la rue. J'étais passionnée par ce qui se passait, se souvient la photographe. Puis la tragédie est survenue, la répression. Aujourd'hui, je me dis que tout va trop vite en Chine. Je suis excitée par ce développement rapide mais aussi un peu effrayée : ce pays va-t-il enfanter un monstre ?"
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 17.10.07.
La visite du dalaï-lama à Washington provoque la colère de Pékin
La visite du dalaï-lama à Washington provoque la colère de Pékin
LE MONDE | 17.10.07 | 14h56 • Mis à jour le 17.10.07 | 20h03
WASHINGTON, PÉKIN CORRESPONDANTS
AP/Evan Vucci
George Bush et le dalaï-lama lors de la remise de la médaille d'or du Congrès à ce dernier, le 17 octobre à Washington.
Les précautions américaines ont été vaines : la Chine a très vivement réagi à la visite à Washington du dalaï-lama. "Le fait que le président américain (le) rencontre représente une sévère violation des normes de relations internationales", a déclaré, mardi 16 octobre, le ministre des affaires étrangères chinois, Yang Jiechi, avant même la rencontre entre George Bush et le chef de l'Eglise tibétaine. "Nous exprimons notre extrême insatisfaction et notre ferme opposition. Nous pressons les Etats-Unis d'annuler cette visite", a-t-il ajouté en remarquant que la Chine se sentait "blessée" de cette "interférence dans ses affaires intérieures". "Cette rencontre va sérieusement ébranler les relations sino-américaines", a averti de son côté le porte-parole chinois des affaires étrangères, Liu Jianchao.
Pourquoi avoir décidé de dérouler le tapis rouge pour le dalaï-lama au risque de froisser la Chine alors que Pékin a eu une attitude jugée constructive sur le dossier du nucléaire nord-coréen et le Darfour ? Après ces réactions courroucées, l'administration Bush a tenté de relativiser le caractère historique de la visite de cinq jours qu'effectue actuellement le dignitaire tibétain à Washington.
Les détails de cette visite ont été soigneusement étudiés. Le dalaï-lama a été reçu mardi pendant trente minutes par M. Bush, non pas dans le Bureau ovale, comme l'escomptaient ses fidèles, mais dans les appartements du couple présidentiel. Aucune photo n'a été publiée. La porte-parole de la Maison Blanche Dana Perino a minimisé l'événement en indiquant que c'était la quatrième rencontre entre les deux responsables.
REMISE DE MÉDAILLE
Le geste le plus significatif est intervenu mercredi au Capitole. M. Bush a remis la médaille d'or du Congrès, la récompense civile la plus prestigieuse, au chef de l'Eglise tibétaine, lors d'une cérémonie solennelle. Selon sa porte-parole, M. Bush, qui assiste traditionnellement à cette cérémonie, a pris soin d'avertir son homologue chinois, Hu Jintao, lors d'une rencontre début septembre.
Pour les partisans du dalaï-lama, c'est une importante victoire, après des années de lobbying au Congrès. Il a fallu le changement de majorité, et l'insistance de la présidente démocrate Nancy Pelosi, élue de Californie, pour que la cérémonie soit organisée. Selon les analystes, Washington entend faire comprendre à Pékin que "jouer la montre" en faisant semblant de dialoguer à propos du Tibet ne constitue pas une politique.
La coïncidence qui fait que cette rencontre intervient alors que vient de s'ouvrir le 17e congrès du Parti communiste chinois est présentée comme fortuite. L'administration américaine n'a pas en ce moment de motif particulier de mécontentement envers Pékin : la diplomatie chinoise a fini par accepter le principe d'une déclaration présidentielle à l'ONU condamnant la junte de Birmanie pour la répression contre les moines bouddhistes. Le discours de Hu Jintao sur Taïwan, lundi à Pékin, a été jugé modéré.
Pour les experts, l'administration Bush fait le calcul que les Chinois, à moins d'un an des Jeux olympiques de Pékin, n'ont pas de véritables moyens de rétorsion, d'autant que les projets de loi s'accumulent au Congrès pour condamner leurs pratiques commerciales. Le différend sur le Tibet est par ailleurs assumé : il est moins délicat à gérer que celui qui existe sur Taïwan, dans la mesure où les Etats-Unis, comme l'a rappelé Mme Perino, ne sont pas favorables, eux non plus, à l'indépendance du Tibet.
Bruno Philip et Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 18.10.07.
LE MONDE | 17.10.07 | 14h56 • Mis à jour le 17.10.07 | 20h03
WASHINGTON, PÉKIN CORRESPONDANTS
AP/Evan VucciGeorge Bush et le dalaï-lama lors de la remise de la médaille d'or du Congrès à ce dernier, le 17 octobre à Washington.
Les précautions américaines ont été vaines : la Chine a très vivement réagi à la visite à Washington du dalaï-lama. "Le fait que le président américain (le) rencontre représente une sévère violation des normes de relations internationales", a déclaré, mardi 16 octobre, le ministre des affaires étrangères chinois, Yang Jiechi, avant même la rencontre entre George Bush et le chef de l'Eglise tibétaine. "Nous exprimons notre extrême insatisfaction et notre ferme opposition. Nous pressons les Etats-Unis d'annuler cette visite", a-t-il ajouté en remarquant que la Chine se sentait "blessée" de cette "interférence dans ses affaires intérieures". "Cette rencontre va sérieusement ébranler les relations sino-américaines", a averti de son côté le porte-parole chinois des affaires étrangères, Liu Jianchao.
Pourquoi avoir décidé de dérouler le tapis rouge pour le dalaï-lama au risque de froisser la Chine alors que Pékin a eu une attitude jugée constructive sur le dossier du nucléaire nord-coréen et le Darfour ? Après ces réactions courroucées, l'administration Bush a tenté de relativiser le caractère historique de la visite de cinq jours qu'effectue actuellement le dignitaire tibétain à Washington.
Les détails de cette visite ont été soigneusement étudiés. Le dalaï-lama a été reçu mardi pendant trente minutes par M. Bush, non pas dans le Bureau ovale, comme l'escomptaient ses fidèles, mais dans les appartements du couple présidentiel. Aucune photo n'a été publiée. La porte-parole de la Maison Blanche Dana Perino a minimisé l'événement en indiquant que c'était la quatrième rencontre entre les deux responsables.
REMISE DE MÉDAILLE
Le geste le plus significatif est intervenu mercredi au Capitole. M. Bush a remis la médaille d'or du Congrès, la récompense civile la plus prestigieuse, au chef de l'Eglise tibétaine, lors d'une cérémonie solennelle. Selon sa porte-parole, M. Bush, qui assiste traditionnellement à cette cérémonie, a pris soin d'avertir son homologue chinois, Hu Jintao, lors d'une rencontre début septembre.
Pour les partisans du dalaï-lama, c'est une importante victoire, après des années de lobbying au Congrès. Il a fallu le changement de majorité, et l'insistance de la présidente démocrate Nancy Pelosi, élue de Californie, pour que la cérémonie soit organisée. Selon les analystes, Washington entend faire comprendre à Pékin que "jouer la montre" en faisant semblant de dialoguer à propos du Tibet ne constitue pas une politique.
La coïncidence qui fait que cette rencontre intervient alors que vient de s'ouvrir le 17e congrès du Parti communiste chinois est présentée comme fortuite. L'administration américaine n'a pas en ce moment de motif particulier de mécontentement envers Pékin : la diplomatie chinoise a fini par accepter le principe d'une déclaration présidentielle à l'ONU condamnant la junte de Birmanie pour la répression contre les moines bouddhistes. Le discours de Hu Jintao sur Taïwan, lundi à Pékin, a été jugé modéré.
Pour les experts, l'administration Bush fait le calcul que les Chinois, à moins d'un an des Jeux olympiques de Pékin, n'ont pas de véritables moyens de rétorsion, d'autant que les projets de loi s'accumulent au Congrès pour condamner leurs pratiques commerciales. Le différend sur le Tibet est par ailleurs assumé : il est moins délicat à gérer que celui qui existe sur Taïwan, dans la mesure où les Etats-Unis, comme l'a rappelé Mme Perino, ne sont pas favorables, eux non plus, à l'indépendance du Tibet.
Bruno Philip et Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 18.10.07.
La Chine tend la main à Taïwan pour affaiblir les "indépendantistes"
La Chine tend la main à Taïwan pour affaiblir les "indépendantistes"
LE MONDE | 16.10.07 | 15h23 • Mis à jour le 16.10.07 | 15h24
PÉKIN CORRESPONDANT
AFP/FREDERIC J. BROWN
Le président chinois Hu Jintao lors de son discours inaugural à l'ouverture du 17e Congrès du Parti communiste à Pékin, le 15 octobre 2007.
Le chef du Parti communiste chinois (PCC) et président Hu Jintao a fait preuve de modération, lundi 15 octobre, lors de son adresse inaugurale à l'ouverture du 17e congrès du parti. Alors que l'on pouvait s'attendre à un discours musclé à l'égard de Taïwan, dans un contexte des plus tendus entre la République populaire de Chine et la République de Chine (nom officiel de Taïwan), M. Hu a appelé "de manière solennelle, à discuter d'un arrêt formel des hostilités entre les deux rives (du détroit), pour parvenir à un accord de paix".
Le fait que le numéro un chinois ait décidé de ne pas recourir à l'escalade verbale pour dénoncer les projets du président taïwanais Chen Shui-bian, porte-drapeau du clan des "indépendantistes" de l'île, s'explique par la stratégie pékinoise. Le président taïwanais arrive à la fin de son deuxième mandat au printemps 2008. Il ne peut se représenter aux élections, et Pékin compte sur une victoire électorale du candidat de l'opposition. Soit le représentant du Kouomintang, le parti de Tchang Kaï-chek, l'ennemi des communistes qui le forcèrent, en 1949, à se réfugier à Taïwan !
Mais les héritiers du généralissime sont d'accord avec leurs adversaires d'hier pour célébrer le principe d'"une seule Chine" prôné par Pékin, et qui suppose l'unité de la nation chinoise tout en permettant à Taïwan de profiter d'un statu quo l'autorisant à jouir d'une souveraineté politique tolérée par Pékin. M. Chen défend au contraire une affirmation plus poussée de l'identité taïwanaise. Il propose d'organiser un référendum sur l'opportunité de présenter la candidature aux Nations unies de son pays sous le nom de Taïwan. Ce qui serait perçu par Pékin comme une déclaration d'indépendance et, donc, pourrait être un motif d'invasion.
Lundi, Taïwan a aussitôt rejeté la main tendue de M. Hu, ce dernier conditionnant le traité de paix au respect du concept d'"une seule Chine". Mais Washington, inquiet des projets de M. Chen, pourtant président d'une île qui est son alliée, a réagi positivement, estimant que la proposition du chef du PCC était "un pas dans la bonne direction". Ces dernières semaines, Pékin avait plutôt soufflé le froid, annonçant la nomination au poste de chef d'état-major de l'Armée populaire de libération (APL) du général Chen Bingde, qui a occupé à plusieurs reprises des responsabilités de commandement dans la région militaire de Nankin, qui fait face à Taïwan.
Fin septembre, le porte-parole du bureau des affaires taïwanaises auprès du Conseil d'Etat (gouvernement), Li Weiyi, avait prévenu que le 17e congrès serait l'occasion de "redéfinir une nouvelle direction" à propos de Taïwan.
Les propositions de Hu Jintao ne sont pourtant pas nouvelles, Pékin alternant traditionnellement menaces et promesses en la matière. Il a répété que "personne, sous aucune forme que ce soit, et sous quelque nom que ce soit, ne pourra séparer Taïwan de la mère patrie". Avant d'ajouter qu'il était prêt à initier des politiques garantissant les énormes investissements taïwanais en Chine populaire.
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 17.10.07.
LE MONDE | 16.10.07 | 15h23 • Mis à jour le 16.10.07 | 15h24
PÉKIN CORRESPONDANT
AFP/FREDERIC J. BROWNLe président chinois Hu Jintao lors de son discours inaugural à l'ouverture du 17e Congrès du Parti communiste à Pékin, le 15 octobre 2007.
Le chef du Parti communiste chinois (PCC) et président Hu Jintao a fait preuve de modération, lundi 15 octobre, lors de son adresse inaugurale à l'ouverture du 17e congrès du parti. Alors que l'on pouvait s'attendre à un discours musclé à l'égard de Taïwan, dans un contexte des plus tendus entre la République populaire de Chine et la République de Chine (nom officiel de Taïwan), M. Hu a appelé "de manière solennelle, à discuter d'un arrêt formel des hostilités entre les deux rives (du détroit), pour parvenir à un accord de paix".
Le fait que le numéro un chinois ait décidé de ne pas recourir à l'escalade verbale pour dénoncer les projets du président taïwanais Chen Shui-bian, porte-drapeau du clan des "indépendantistes" de l'île, s'explique par la stratégie pékinoise. Le président taïwanais arrive à la fin de son deuxième mandat au printemps 2008. Il ne peut se représenter aux élections, et Pékin compte sur une victoire électorale du candidat de l'opposition. Soit le représentant du Kouomintang, le parti de Tchang Kaï-chek, l'ennemi des communistes qui le forcèrent, en 1949, à se réfugier à Taïwan !
Mais les héritiers du généralissime sont d'accord avec leurs adversaires d'hier pour célébrer le principe d'"une seule Chine" prôné par Pékin, et qui suppose l'unité de la nation chinoise tout en permettant à Taïwan de profiter d'un statu quo l'autorisant à jouir d'une souveraineté politique tolérée par Pékin. M. Chen défend au contraire une affirmation plus poussée de l'identité taïwanaise. Il propose d'organiser un référendum sur l'opportunité de présenter la candidature aux Nations unies de son pays sous le nom de Taïwan. Ce qui serait perçu par Pékin comme une déclaration d'indépendance et, donc, pourrait être un motif d'invasion.
Lundi, Taïwan a aussitôt rejeté la main tendue de M. Hu, ce dernier conditionnant le traité de paix au respect du concept d'"une seule Chine". Mais Washington, inquiet des projets de M. Chen, pourtant président d'une île qui est son alliée, a réagi positivement, estimant que la proposition du chef du PCC était "un pas dans la bonne direction". Ces dernières semaines, Pékin avait plutôt soufflé le froid, annonçant la nomination au poste de chef d'état-major de l'Armée populaire de libération (APL) du général Chen Bingde, qui a occupé à plusieurs reprises des responsabilités de commandement dans la région militaire de Nankin, qui fait face à Taïwan.
Fin septembre, le porte-parole du bureau des affaires taïwanaises auprès du Conseil d'Etat (gouvernement), Li Weiyi, avait prévenu que le 17e congrès serait l'occasion de "redéfinir une nouvelle direction" à propos de Taïwan.
Les propositions de Hu Jintao ne sont pourtant pas nouvelles, Pékin alternant traditionnellement menaces et promesses en la matière. Il a répété que "personne, sous aucune forme que ce soit, et sous quelque nom que ce soit, ne pourra séparer Taïwan de la mère patrie". Avant d'ajouter qu'il était prêt à initier des politiques garantissant les énormes investissements taïwanais en Chine populaire.
Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 17.10.07.
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